Art, thérapie et quête de Soi

Transgénérationnel, psychogénéalogie, métagénéalogie, constellations familiales…. Les termes et les approches abondent pour désigner des méthodes plus ou moins empiriques qui visent à libérer l’individu des conditionnements de sa lignée.

Art thérapie et quête de Soi

Autour de moi, rares sont ceux qui connaissent le travail d’Alejandro Jodorowsky dans ce domaine. Pour vous le présenter, voici Art, thérapie et quête de Soi, un extrait de son livre Métagénéalogie, La famille, un trésor et un piège, coécrit avec Marianne Costa.

Je vous recommande également le documentaire La Constellation Jodorowsky[1].

Le film commence dans la demeure parisienne de ce Chilien de source, puis Mexicain d’adoption, pour nous faire entrer dans son éclectique bibliothèque. Là, on le voit s’installer pour une interview clairement mise en scène puisqu’il demande à son interlocuteur comment il doit se placer par rapport à la caméra… À la première question “ Qui es-tu ? ” Jodorowsky répond d’abord par un soupir d’exaspération puis cite la réponse du Boddi Dharma à la même interrogation de l’Empereur de Chine : “Je ne sais pas ! ”. Puis poursuit “… seulement quand on est mort on peut savoir qui on est. Croire savoir qui on est c’est placer un arrêt à l’intérieur de soi.” À ce jeu d’interrogation réflexives, l’intervieweur-réalisateur se trouvera finalement de l’autre côté de la caméra-miroir se livrant alors totalement lui-même, révélant son drame personnel sous nos yeux, entrant dans une mise en scène psychogénéalogique selon les méthodes jodorowskiennes, jusqu’à l’acte « psycho-magique » libérateur qui conclut ce film dans une séquence particulièrement émouvante et qui prend littéralement à la gorge.[2]

Vous pouvez regarder la bande annonce et un extrait du film dans la playlist, en bas de la page.

Métagénéalogie

Avant-propos

Qu’est-ce donc que la métagénéalogie ? Pourquoi ne pas parler plutôt de psychogénéalogie, puisque ce mot est à la mode ?

Le vocable psychogénéalogie a été inventé par Alexandro Jodorowsky au début des années 1980. Depuis lors, l’usage s’en est vulgarisé au point de recouvrir des pratiques extraordinairement variées, dont la diversité même finit par nuire au terme qui les désigne. Les unes relèvent de la psychologie « pure et dure » ; les autres de la médiumnité la plus invérifiable. Le point commun de toutes ces approches est qu’elles participent d’une même prise de conscience, émergente depuis quelques décennies : l’influence de la lignée sur l’individu.

L’intérêt des thérapeutes et du public pour l’arbre généalogique n’a cessé de grandir depuis les années 1970, où des psychanalystes abordèrent pour la première fois la question du lien transgénérationnel. L’Occident est en train de redécouvrir ce que bien des cultures – affirment depuis toujours sous des formes religieuses, magiques ou chamaniques : l’Inconscient familial interagit avec l’Inconscient personnel, pour le meilleur et pour le pire.

Mais si vous prenez rendez-vous aujourd’hui pour une séance de « psychogénéalogie », vous pourrez aussi bien vous retrouver en face d’un thérapeute diplômé que d’un médium ou d’un énergéticien. Qu’en retirerez-vous ? Peut-être un schéma qui recense froidement les données vitales de cinq générations d’ancêtres, peut-être des messages intuitifs venus de vos « mémoires énergétiques », ou encore l’assurance que vous descendez de Charlemagne. Dans tous les cas, il est possible que vous soyez émerveillé par la pertinence des informations reçues. Peut-être découvrirez-vous certaines répétitions dont vous étiez inconscient, ou des secrets de famille, ou l’origine d’une obsession ou d’une phobie. Au pire, vous serez frustré par trop d’intellectualisme, un diagnostic froid et inutile, ou au contraire sceptique devant les débordements irrationnels d’une séance riche en clichés New Age ou en divagations romanesques.

À l’écart de ces deux extrêmes, la métagénéalogie se propose de réconcilier les apparents contraires, en se situant précisément à leur point de jonction : là où le rationnel collabore avec l’irrationnel, où la science danse avec l’art, où « clairvoyance » signifie aussi bien « intuition » que « lucidité ». Dans le langage actuel, où les concepts de la neurologie sont désormais monnaie courante, on pourrait dire qu’il s’agit d’« équilibrer cerveau droit et cerveau gauche ».

Comment rendre compte d’une discipline qui s’enracine aussi solidement dans la psychologie que dans l’art, dans la science que dans les traditions spirituelles et ésotériques ? Cet ouvrage se propose de résumer et de présenter de manière accessible les trente-cinq ans de recherches et de découvertes menées par Alexandro Jodorowsky sur l’arbre généalogique. Un même questionnement nous réunit depuis plus de dix ans : comment transmettre ces théories et ces pratiques que leur inventeur maintient en développement constant ? Solidement ancrée dans les théories psychologiques et scientifiques de son temps, la métagénéalogie reflète le parcours artistique d’une vie entière, et la quête insatiable du sens qui l’anime. Elle suggère que toute maladie peut être comprise comme un manque de beauté et de Conscience, et que guérir consiste à devenir authentiquement soi.

Voilà pourquoi, plutôt qu’un manuel, nous nous sommes proposé d’écrire le roman d’une double initiation : celle, déjà accomplie, de l’inventeur de la métagénéalogie, et celle, en devenir, de qui voudra bien se prêter au jeu et entamer avec nous ce chemin à la reconquête de son identité véritable. Pour chaque partie, une introduction retrace, sur un mode autobiographique, des moments-clés du parcours d’Alexandro Jodorowsky. Nous avons organisé cette narration, comme on le fait d’un conte initiatique, pour qu’elle suive une chronologie pédagogique et exemplaire, serve de fil conducteur au lecteur1 qui souhaite étudier son arbre et réfléchir sur son propre destin. À la suite de chacune de ces tranches de vie, un chapitre plus théorique, agrémenté de références au Tarot, notre modèle symbolique du travail sur soi, vous permettra d’avancer un peu plus loin dans la compréhension et la guérison de votre arbre généalogique. Vous y trouverez aussi une série d’exercices mettant en œuvre vos ressources d’attention, de créativité et de fantaisie, qualités qui nous semblent essentielles dans l’entreprise de réappropriation et donc de réinvention des racines à laquelle nous vous convions ici.

Nous espérons de tout cœur que ce double voyage vous servira, comme aux héros antiques, à triompher des obstacles et à rapporter l’élixir capable de transformer durablement votre existence et votre environnement. Cet élixir, dans la théorie jodorowskyenne, porte le nom de Conscience.

Marianne Costa

1– Précisons d’emblée que nous n’adopterons le masculin que pour des raisons de simplicité et que notre propos s’adresse à tout un chacun, femme ou homme.

Art, thérapie et quête de Soi

De l’art à la thérapie

C’est au printemps 1979 que commença l’une des plus intenses aventures de ma vie, qui allait me conduire à créer un système thérapeutique et artistique fondé sur l’étude de l’arbre généalogique.

J’avais cinquante ans à cette époque, et il est nécessaire que je revienne brièvement sur ma formation juvénile, qui fut riche et complexe, livresque et autodidacte. Les maîtres et l’intuition s’y succèdent, comme les périodes d’étude et les périodes d’expérimentation. C’est sur cette somme d’expériences que j’ai basé les théories et la pratique qui seront présentées dans ce livre.

En 1947, après avoir passé mon baccalauréat, je décidai de m’inscrire à l’Institut pédagogique de l’université du Chili. La philosophie et la psychologie m’attiraient, et au bout de deux ans j’avais obtenu un diplôme en philosophie des mathématiques et un autre en histoire de la culture. Un jour, après avoir assisté à un cours où un professeur venu des États-Unis nous incitait à étudier le moyen d’adapter l’homme à la conduite des machines, je décidai de quitter l’université pour me consacrer aux marionnettes.

Mes représentations prirent la forme d’un psychodrame : j’avais fabriqué des marionnettes représentant mon père, ma mère, ma sœur et une grande partie de ma famille. Après avoir créé plusieurs pièces, je – commençai à me passionner pour l’expression corporelle. Je pensais que si les sentiments provoquaient des postures, une posture pouvait déclencher des émotions. J’inventai une méthode d’expression corporelle qui commençait dans une position fœtale, apeurée (désir de mourir), et se terminait par l’épanouissement de l’être humain mature, les bras grands ouverts, relié au cosmos (euphorie de vivre).

Au départ mon but était de découvrir un langage gestuel qui me permette de raconter des histoires. Mais à mesure que je me concentrais sur les mécanismes de l’expression corporelle tout en pratiquant la danse, la méditation et le massage, je me rendais compte que d’innombrables mémoires étaient inscrites dans notre corps : souvenirs d’enfance ou de la période prénatale, acceptation, rejet, résidus psychiques de divers membres de la famille.

Dans le Traité des passions de l’âme de Descartes, publié en 1649 à Paris, je découvris cette phrase qui me marqua : « Il est aisé de penser que les étranges aversions de quelques-uns, qui les empêchent de souffrir l’odeur des roses ou la présence d’un chat, ou choses semblables, ne viennent que de ce qu’au commencement de leur vie, ils ont été fort offensés par quelques pareils objets, ou bien qu’ils ont compati au sentiment de leur mère qui en a été offensée étant grosse ; car il est certain qu’il y a du rapport entre tous les mouvements de la mère et ceux de l’enfant qui est en son ventre, en sorte que ce qui est contraire à l’un nuit à l’autre. »

De fait, certains mouvements réveillaient en moi la dépression de ma mère, la peine de l’exil héritée de mes grands-parents, l’angoisse d’avoir été menacé de mort pendant la gestation et bien d’autres choses. Bientôt les répétitions de nos mimodrames se transformèrent en thérapies collectives.

Le contraste était intense entre ces séances où l’authenticité de chacun se révélait et le monde extérieur structuré par les préjugés et les apparences qui nous enfermaient dans une sorte de prison mentale. J’avais vingt ans. Je décidai, une fois pour toutes, que l’art serait désormais une activité orientée vers ma libération spirituelle. Malgré le succès que rencontraient mes mimodrames, je résolus de quitter le Chili et je m’embarquai pour Paris, déterminé à travailler avec le mime Marcel Marceau, à participer activement au groupe surréaliste dirigé par André Breton et à assister aux classes du philosophe Gaston Bachelard à la Sorbonne.

La pratique de la pantomime avec Marceau m’amena à étudier le yoga tantrique et les chakras, la médecine chinoise et les méridiens, la kabbale et l’application des sephirot au corps. Toutes ces pratiques sont-elles imaginaires ? En tout cas, elles permettent de guérir qui a foi en elles, et de développer la Conscience. Avec les surréalistes, la pratique de l’écriture automatique me permit de desserrer l’étreinte du rationnel pour entrer en contact avec mon Inconscient, que je ne considérais désormais plus comme un danger mais comme un allié efficace. Quant aux cours de Bachelard, son analyse des éléments primordiaux (l’eau, le feu, l’air, la terre et l’espace) me conduisit à l’Alchimie. Ce fut aussi l’époque où je lus les œuvres de Freud, Ferenczi, Melanie Klein, Groddeck, Stekel et Wilhelm Reich. L’ouvrage de C. G. Jung, La Métamorphose de l’âme et ses symboles, constituait un bon guide. Mon esprit encore juvénile – commençait à comprendre la relation étroite qui existe entre art et thérapie. Je voyais d’une part des artistes claquemurés dans l’exaltation de leur propre individualité se prendre pour une île séparée du reste de l’humanité, cherchant avant tout à être reconnus et admirés, et de l’autre côté la dévotion du thérapeute se mettant au service de la santé mentale ou physique de l’autre.

Une fois mon apprentissage réalisé en Europe, je m’envolai pour le Mexique. En dix ans, je mis en scène à Mexico plus de cent pièces, avec une préférence pour le théâtre de l’absurde. Je fis connaître les œuvres de Beckett, Ionesco, Tardieu, Arrabal, Strindberg, Leonora Carrington, Ghelderode, Lorca, Kafka, Gogol, et les miennes. Puis, fatigué de créer des spectacles où les acteurs récitaient leur texte face à des spectateurs passifs, je décidai d’éliminer les œuvres dramatiques et de les remplacer par des textes philosophiques ou psychologiques. Je commençai par adapter pour la scène le Zarathoustra de Nietzsche que je montai en 1970, avec des acteurs que je fis jouer nus. Pour aller encore plus loin dans mes recherches, je réalisai une adaptation de Games People Play (Des jeux et des hommes), le livre fondateur de l’analyse transactionnelle écrit par Éric Berne qui voulait simplifier le jargon psychiatrique pour que patient et médecin aient un langage commun. À ce texte j’ajoutai Écoute, petit homme de Wilhelm Reich. Ce fut mon premier essai de théâtre thérapeutique. Cette œuvre qui prévoyait les catastrophes écologiques à venir, et qui mettait en scène les jeux de rôles entre enfants, parents et « adultes » (l’état de l’être guéri, qui a pleinement choisi de vivre au présent), connut un succès immédiat. Depuis sa création, elle n’a pas cessé d’être à l’affiche dans les théâtres de la ville de Mexico, interprétée sans interruption par divers groupes d’étudiants.

Ce désir de découvrir des méthodes de guérison artistique me conduisit ensuite à abandonner le théâtre pour improviser des spectacles dans des lieux inattendus : académies de peinture, cimetières, maisons de retraite, autobus, places publiques, etc. Je ne travaillais plus avec des acteurs désireux de se fondre dans des personnages mais avec des êtres humains qui se sentaient détournés de leur essence par la famille, la société et la culture, et qui cherchaient à quitter leurs masques pour trouver leur personnalité véritable, leur Être essentiel. Pour ce faire, en d’impressionnantes improvisations, ils dévoilaient aux spectateurs ébahis leurs obsessions mentales, émotionnelles, sexuelles, et leurs terreurs matérielles.

Je créai une vingtaine de ces « éphémères paniques », parmi lesquels ceux de l’école de peinture de San Carlos au Mexique (1962) et celui de Paris (1964). Ces expériences donnèrent naissance par la suite à une technique thérapeutique que j’ai appelée psychomagie, consistant à mettre en scène dans la vie quotidienne un acte curatif, semblable à un rêve, pour libérer un blocage inconscient.

Avec ces actes, je m’opposais à l’attitude psychanalytique qui consiste à transformer le langage de l’Inconscient (rêves, actes manqués, synchronicités) en langage articulé et en explications rationnelles. À l’inverse, j’optais pour enseigner à l’intellect le langage de l’Inconscient, composé en majeure partie d’images et d’actions qui défient la logique. La parole révèle un problème mais ne le guérit pas. Les seules paroles capables de guérir l’Inconscient, car il les comprend, sont la prière et l’incantation. Pour le transformer en allié protecteur, il est nécessaire de le séduire au moyen d’actes de nature théâtrale ou poétique. De même que l’Inconscient accepte les placebos, il accepte les actes métaphoriques. Les pulsions ne sont pas résolues par la sublimation, mais par un acte qui les réalise symboliquement.

Pour enrichir ma démarche artistique, j’avais décidé non pas d’aller butiner chez d’autres artistes, mais d’entrer en contact avec des sources purement spirituelles. Voilà comment, en 1968, je me rendis auprès du moine Ejo Takata, installé à Mexico depuis quatre ans à l’époque, pour pratiquer avec lui la méditation zen. De nombreux médecins et psychiatres venaient méditer dans son zendo. Ils me firent rencontrer le docteur Erich Fromm dans son refuge de Cuernavaca. L’éminent psychanalyste, auteur entre autres de La Peur de la liberté et de Psychanalyse et bouddhisme zen, vivait dans ce village où la douceur du climat l’aidait à soigner une affection cardiaque.

Après une psychanalyse qui se résuma à de longues conversations sur la Bible et le bouddhisme, Fromm me demanda de donner des cours d’expression corporelle à ses élèves. J’acceptai. Cela me permit d’observer la séparation profonde qui existait entre le travail mental intense des analystes et le peu de maîtrise qu’ils avaient de leurs possibilités corporelles. Tout leur travail d’exploration inconsciente avait lieu exclusivement par la parole. Je versai cette précieuse expérience, ainsi que le résultat de mon apprentissage avec Ejo Takata, dans un long-métrage, El Topo, où je traitais la relation conflictuelle et aimante d’un fils avec son père.

El Topo devint un film culte. John Lennon, via son producteur américain Allen Klein, me confia la somme nécessaire pour tourner mon prochain film. Ce fut La Montagne sacrée, dont la préparation et le tournage s’échelonnèrent sur les années 1970 et 1971. Je m’étais de nouveau proposé de faire une œuvre d’art capable d’enrichir la Conscience du spectateur : « Je veux, me disais-je, que le spectateur sorte de la salle où il aura vu mon film transformé pour sa vie entière. »

Ces espérances excessives m’incitèrent à réaliser des recherches psychologiques, ésotériques, symboliques et religieuses. Je m’adressai entre autres à Oscar Ichazo, le créateur de la méthode de développement spirituel Arica, qui me proposa une série d’exercices tournant en particulier autour d’un schéma métaphysico-psychologique d’origine islamique, l’ennéagramme (un système caractérologique composé de neuf aspects distincts du Moi). La réalisation de mon film devint à la fois une expérience artistique, de développement spirituel et d’investigation psychologique.

À cette époque je me passionnai pour René Guénon et son analyse de la symbologie traditionnelle, et je dévorai les travaux du docteur Fritz Perls, l’un des créateurs de la gestalt-thérapie. La suite de ces questionnements s’est déroulée à partir de 1974, époque où j’ai de nouveau changé de continent pour m’établir en Europe, fort de ces années américaines et latino-américaines, et y entamer une nouvelle période de ma vie.

Un producteur français, Michel Seydoux, m’avait engagé pour réaliser le film Dune basé sur le roman éponyme de Frank Herbert. C’était un projet grandiose où, comptant sur un budget colossal, je pus faire appel à des acteurs et des artistes que j’admirais. Moebius, H.R. Giger, Dan O’Bannon et Chris Foss comptaient parmi les dessinateurs. Dalí, Orson Welles, Gloria Swanson, Udo Kier et David Carradine devaient figurer au générique. Pour la musique, j’avais choisi les Pink Floyd, Tangerine Dream et Magma. L’écriture du scénario et la préparation durèrent deux ans, mais le film ne put être réalisé à cause de problèmes de distribution rencontrés en Amérique.

Ce travail, quoique inachevé, me permit d’entrer en contact avec le milieu de l’ésotérisme, alors florissant à Paris. Je fus initié à la kabbale par le sage A.D. Grad, auteur de traités comme Le Livre des principes kabbalistiques ; je devins l’ami de Pierre Derlon, divulgateur de la magie des gitans. Je rencontrai aussi le mathématicien Jacques Ravatin, créateur d’une théorie sur les ondes émanant non seulement des formes tridimensionnelles mais aussi des dessins ; Pierre Cartier, alchimiste et prestidigitateur, célèbre parmi les illusionnistes pour ses tours à base de cigarettes et alors centenaire ; le docteur Valnet, pionnier de la phytothérapie et de l’aromathérapie. Pendant deux ans, guidé par ces initiés, tous les matins très tôt, avant d’aller travailler à mon projet cinématographique, j’arrivais à la Bibliothèque nationale dès l’ouverture et je me plongeais dans tous les livres écrits, depuis le début du XVIIIe siècle, sur cette monumentale machine métaphysique qu’est le Tarot de Marseille.

Le docteur Valnet me présenta le meilleur de ses collaborateurs, le docteur Jean-Claude Lapraz, éminent phytothérapeute qui, tous les week-ends, m’envoyait quatre de ses patients pour que j’examine, à l’aide du Tarot, les racines psychologiques de leur maladie. Ce fut une période d’apprentissage intense où se réalisa dans mon âme l’union entre art et thérapie.

Pour guérir une maladie on ne peut pas se borner à une approche scientifique. Le regard de l’artiste équilibre celui du médecin, capable de comprendre le dysfonctionnement biologique, mais dépourvu des outils permettant de détecter les valeurs sublimes enfouies dans chaque individu. Pour guérir, il est nécessaire que le patient devienne ce qu’il est véritablement, et qu’il se libère de l’identité acquise : ce que d’autres ont voulu qu’il soit. Toute maladie provient d’un ordre reçu dans l’enfance qui nous contraint à réaliser quelque chose qui ne nous correspond pas, et d’une interdiction qui nous oblige à ne pas être ce que nous sommes en réalité. Les maux, les dépressions, les phobies et les peurs résultent d’un manque de Conscience, d’un oubli de la beauté, d’une tyrannie familiale, du poids d’un monde accablé de traditions et de religions obsolètes.

Pour guérir un patient, c’est-à-dire l’aider à devenir ce qu’il est réellement, il faut pouvoir le rendre conscient du fait qu’il n’est pas un individu isolé, mais le fruit d’au moins quatre générations d’ancêtres. Il est impossible de se connaître soi-même si l’on ne connaît pas l’héritage matériel et spirituel de son arbre généalogique. Mais les structures du clan familial ne doivent pas faire l’objet d’interprétations restrictives qui analysent l’être comme s’il s’agissait d’une machine biologique. S’il est vrai que les grandes théories psychologiques du XXe siècle émanent de géniaux médecins psychiatres, tels Sigmund Freud ou Milton Erickson, il est également vrai que, dans leur sillage, s’est développée la croyance fausse et nocive que, pour approcher l’âme humaine, toute démarche doit s’inspirer du processus d’investigation et de validation scientifiques.

Carl Gustav Jung était conscient de cette dérive intellectuelle dès 1929 : « L’intellect est effectivement un ennemi de l’âme lorsqu’il a l’audace de vouloir capter l’héritage de l’esprit, ce dont il n’est capable sous aucun rapport, car l’esprit est quelque chose de supérieur à l’intellect puisqu’il comprend non seulement celui-ci, mais le cœur (Gemüt). »

L’être humain conscient ne peut pas être analysé comme une totalité figée, un corps-objet sans réalité spirituelle. L’Inconscient, par essence, s’oppose à toute logique. Si on le réduit à des explications scientifiques ou à un enseignement universitaire, on en fait un cadavre. Jung encore : « C’est pourquoi je sais que les universités ont cessé d’œuvrer comme porteuses de lumière. On est las de la spécialisation scientifique et de l’intellectualisme rationaliste. On veut entendre parler d’une vérité qui ne rétrécit pas mais élargit, qui n’obscurcit pas mais éclaire, qui ne glisse pas sur l’être comme de l’eau mais le saisit et le pénètre jusqu’aux moelles. »

Voilà pourquoi aucun diplôme ne peut garantir la compétence d’un psychothérapeute : permettre à l’autre de guérir suppose non seulement de comprendre de quoi il souffre, mais aussi de mettre à sa disposition les éléments nécessaires pour lui permettre de changer. Le médecin ou le chirurgien posent leur diagnostic, puis recourent à une prescription médicamenteuse ou à une opération. Mais trop souvent, hors du domaine strictement médical, le prétendu thérapeute n’est capable que d’aboutir à un diagnostic. Et après ? Une fois qu’il a révélé au patient l’origine de son traumatisme et que celui-ci demande : « Maintenant que je connais l’origine de mes problèmes, que puis-je faire ? », il est bien en peine de l’aider à trouver la réponse.

Dans les cultures primitives, le chaman (généralement artiste, chanteur ou acrobate, mais aussi expert en plantes hallucinogènes ou médicinales permettant de « voyager » dans d’autres réalités et d’y exercer une action thérapeutique) est à la fois sage et remède, homme-médecine ou femme-médecine, source d’information vivante qui permet à l’être en souffrance de redécouvrir ses propres ressources.

À partir du moment où l’on cesse de faire allégeance aux diktats universitaires, toutes les approches ont quelque chose à nous offrir. Voilà pourquoi je n’ai jamais hésité à convoquer les philosophies orientales, le message des religions ou l’ésotérisme pour y trouver des clés de compréhension globale de l’être humain. C’est un dit du Bouddha qui a guidé mon approche de l’arbre généalogique : « Le monde est en flammes ! Ta maison brûle ! Ne demande donc pas comment le monde est fait ni quel en est le principe. Pense d’abord à te sauver ! »

Comment servir et être utile ? Comment ne pas se borner à expliquer les maux de l’autre, mais lui fournir de véritables clés pour sa guérison ?

Au cours des années, j’ai constaté que la plus grande partie de mes consultants, affligés de douleurs physiques et de souffrances morales, vivaient comme si l’humanité n’avait aucune valeur qui la différencie des animaux ou des végétaux, et se multipliait sans aucune finalité dans un univers lui-même livré à une expansion hasardeuse. C’est de là que m’est venue l’impulsion de passer de la psychogénéalogie à la métagénéalogie.

Je me suis basé sur une hypothèse de travail essentiellement thérapeutique : la vérité est ce qui est utile à un moment donné, dans un lieu donné et pour une personne donnée. Cela m’a conduit à cette proposition : plutôt que de penser que l’univers existe purement par hasard, il vaut mieux postuler qu’il a pour finalité de créer de la Conscience.

Je tiens à établir ici la différence entre conscience et Conscience. On confond le concept de Conscience avec ce dont nous sommes conscients, c’est-à-dire ce dont nous nous rendons compte à l’état de veille. Cependant, le cerveau fonctionne principalement pendant notre sommeil, de manière libre et constante, sans que nous nous en rendions compte. Chacun de nous est un tout semblable à un iceberg. Le peu que l’on en voit est bien moins important que l’immense part immergée. En réalité, ce qui est conscient, c’est ce que l’on appelle à tort l’« Inconscient ». Nous sommes plus l’Inconscient que la Conscience. Si nous nous libérons du concept d’« être conscient de », le terme Conscience finit par désigner ce que nous sommes en réalité : une nature indéfinissable, que nous appelons tantôt « âme » et tantôt « esprit ». C’est ainsi que l’ont comprise le surréalisme, le bouddhisme et toute la philosophie hindoue.

Qu’en est-il de ce que je nomme Inconscient ? Depuis Freud on accepte communément l’existence d’une zone mentale non consciente, c’est-à-dire non perçue par la conscience à l’état de veille, que l’on appelle improprement l’« Inconscient », censément le siège des pulsions primitives, des traumatismes et des souvenirs personnels ou collectifs. En résumé, l’Inconscient serait la présence constante du passé. Mais dans cette définition, faute de considérer que l’univers se développe guidé par une finalité consciente, on ne prend pas en compte les projets du futur nichés dans la matière avant même l’apparition de la vie.

L’esprit humain aspire avant tout à deux choses : la connaissance et l’immortalité. L’Inconscient devrait donc se concevoir comme une entité composée de deux zones. L’une produite par les expériences du passé, y compris nos vestiges animaux, que l’on pourrait continuer d’appeler Inconscient. L’autre qui contient en puissance les possibilités de mutation susceptibles de nous faire évoluer comme êtres dotés d’une Conscience cosmique, non pas fondée sur les expériences passées mais sur les possibilités futures, celles-là mêmes que l’on peut capter dans des états prophétiques ou poétiques ; cette deuxième zone, nous pourrions l’appeler le Supraconscient.

Notre évolution se déroule sur une planète nourricière qui participe à une danse cosmique où tout surgit et disparaît tour à tour, en état de permanente transformation. Dans ces conditions comment nous définir ? Pour trouver la racine de « soi-même », ce Je ou ce Soi impermanent au cœur de l’impermanence, il faut le situer au-delà de la matière universelle et nous identifier avec son centre créateur, sachant que nous sommes nés pour participer activement à l’évolution du cosmos. Le moi individuel et le Nous cosmique ne peuvent s’unir que dans la Conscience.

C’est l’idéal que s’est proposé l’Alchimie, sous une forme symbolique, lorsqu’elle s’est donné pour but de spiritualiser la matière et, en même temps, de matérialiser l’esprit. Si l’on traduit ce processus en langage psychologique, cela donne : l’ego (le Moi) doit s’intégrer à l’Inconscient en même temps que l’Inconscient doit s’intégrer à l’ego. Notre individualité implantée par la famille, la société et la culture s’apparente à la matière brute, le nigredo, pourriture ou plomb que l’Alchimie transforme en or, c’est-à-dire en Être essentiel, en Conscience.

En me demandant comment réaliser un travail qui me conduise à la mutation, il m’a paru nécessaire de modérer les désirs pour arriver à la santé, d’éliminer les choses passagères et de peu de valeur pour devenir conscient de mon immortalité en tant qu’organisme collectif et d’atteindre la liberté, me détachant des amarres mentales pour que rien de subjectif ne me sépare de l’énergie créatrice et arriver à l’union. En agissant comme si j’étais vivant et, en même temps, en me libérant des liens terrestres comme si j’étais mort, je cessais d’« appartenir », de m’« identifier », de me « définir ».

Atteindre un niveau de Conscience élevé demande des efforts tenaces, continus, intenses, implacables. Dans ce processus il s’agit de mourir à soi-même et de renaître, transfiguré, sans plus se définir comme rationnel ou irrationnel, jeune ou vieux, femme ou homme. Aucun nom, aucune nationalité ne vient limiter notre existence désormais impersonnelle, et sous le masque de l’individualité nous jouissons de la paix de l’anonymat. Nous n’établissons plus de barrières entre l’humain et le divin, nous sommes aussi bien ce que nous sommes que ce que nous ne sommes pas.

Me consacrant pleinement à cet effort, je commençais à comprendre que pour me guérir et pour aider les autres à en faire autant, l’hypothèse la plus utile était de considérer chaque être humain comme un être capable de développer une Conscience infinie.

Si nous examinons au microscope un œuf fécondé, nous y découvrons, comme première forme de vie, un minuscule point rouge qui palpite : c’est l’origine d’un cœur. Le rythme est antérieur à la formation de l’organe. C’est le battement qui fait exister le cœur, qui le forme pour lui servir d’instrument. En voyant cela, comment ne pas en déduire que le cerveau n’engendre pas la Conscience, mais qu’il en est l’instrument réceptif ? La genèse de ce que nous sommes commence par cette Conscience impensable, toute-puissante, mystère insondable que nous oserons qualifier de divin. Cette Conscience divine ou universelle se transforme ensuite en énergie, et enfin en organes matériels. Voilà pourquoi, lorsqu’on parle des origines de l’arbre généalogique, il convient de lui donner aussi des racines cosmiques.

Notre cerveau est probablement l’un des objets les plus complexes de l’univers. Il contient plus de cent mille millions de neurones, cellules dotées d’un noyau qui fonctionne comme un émetteur-récepteur en miniature. Ces cellules s’unissent entre elles, formant des connexions qui transmettent l’information sous forme de courant électrique. Quand nous venons au monde, notre potentiel neuronal est celui de l’être humain accompli du futur, mais il a encore peu de connexions. Le réseau se tisse peu à peu, au contact des membres de notre famille et des connaissances qu’ils nous transmettent. Nous sommes héritiers d’expériences. Pourtant, ces expériences sont limitées et se traduisent en langues « nationales » (ou « maternelles »), produisant des états mentaux stagnants, un monde intérieur aux interconnexions pauvres, une prison culturelle dont nous avons du mal à nous échapper.

L’énergie qui circule entre les neurones, et que les scientifiques décrivent comme « électrique », peut aussi bien être pensée comme une manifestation de la Conscience universelle qui tend à créer dans notre cerveau une structure formée par la totalité des réseaux possibles entre ses cellules : l’esprit grandiose de l’humain futur. Il est également permis de penser que cette mystérieuse énergie tend à unir la totalité des consciences qui peuplent notre univers.

La volonté familiale, sociale et culturelle lutte en revanche pour que l’individu obéisse à la formation de ses ancêtres qui dans la plupart des cas, par accumulation d’idées, de sentiments, de désirs et de besoins hérités, contrarie le projet spirituel et le maintient dans des niveaux de Conscience assez bas. L’arbre généalogique agit comme un piège en imposant à ses descendants ses limites, matérielles et psychologiques (un mélange de peurs, de rancœurs, de frustrations et d’illusions), contre la perfection du projet cosmique. Dès le ventre maternel, le fœtus reçoit des impulsions le conduisant à imiter le modèle légué par les ascendants. Car la famille n’accepte pas la création pure et simple, ex nihilo, venue de rien, sans modèle extérieur.

En d’autres termes, tout individu est le produit de deux forces : la force d’imitation, dirigée par le groupe familial, qui agit depuis le passé, et la force de création, maniée par la Conscience universelle depuis le futur. Quand les parents limitent leurs enfants en les obligeant à se soumettre à des plans préétablis ou à des consignes tels que « Tu seras ceci ou cela », « Tu ressembleras à telle personne », « Tu obéiras à nos idées et à nos croyances et tu les propageras », ils s’inscrivent en faux contre le projet d’évolution future et plongent la famille dans toutes sortes de maladies physiques et mentales.

Dès les premiers instants de son individuation en tant que fœtus, la Conscience subit ce conflit entre créer et imiter. Quand l’enfant présente dès sa naissance peu de traits psychologiques calqués sur ses géniteurs, on peut penser que la Conscience a été capable de vaincre les modèles que les générations précédentes prétendaient lui imposer. Si au contraire l’enfant devient la copie conforme de ses parents ou de ses grands-parents, la Conscience a été vaincue. Les âmes créatrices sont rares, les âmes imitatrices sont légion. Les premières doivent apprendre à communiquer et à semer leurs valeurs, les secondes doivent se libérer de leurs moules et apprendre à créer, c’est-à-dire arriver à être elles-mêmes et non ce que la famille, la société et la culture ont voulu qu’elles soient.

Le clan agit comme un organisme. Quand l’un de ses membres change, tout l’ensemble réagit positivement ou négativement. Un arbre de belle allure qui produit des fruits empoisonnés est un arbre mortifère. Un arbre tordu qui produit des fruits sains est un arbre vivant et utile. Lorsqu’un individu développe sa Conscience, il devient un meilleur fruit et offre à son arbre une nouvelle signification. Les souffrances de nos ancêtres (blessures narcissiques, humiliations, hontes ou culpabilités) acquièrent grâce à lui une raison d’être. Lorsque la famille réagit, la société dans laquelle elle s’est développée réagit elle aussi : les arbres font partie d’une forêt.

Chaque arbre généalogique a deux devoirs principaux : accomplir les nécessités biologiques (reproduction, éducation des enfants, etc.) et s’intégrer à un groupe social en respectant ses lois. Si chaque famille refusait le contact avec les autres et cédait à sa tendance séparatiste, la société ne pourrait pas exister. Voilà pourquoi l’arbre généalogique se développe prisonnier d’un réseau d’interdictions et d’obligations sociales et culturelles, parmi lesquelles, par exemple, le tabou de l’inceste qui pousse le clan à se mêler au reste de l’humanité au lieu de se refermer sur lui-même. Cependant ces veto et ces lois peuvent dans certains cas ne pas correspondre à la nature essentielle de l’être. Toute culture impose divers modes de conduite basés sur ses mythes fondateurs et ses croyances religieuses ou idéologiques. D’une société à l’autre, les institutions familiales peuvent être très différentes. Par exemple, la monogamie n’est pas universelle, il existe des sociétés polygames ou polyandres. Dans certaines cultures, le frère d’un homme mort sans laisser d’héritier est contraint d’épouser sa belle-sœur veuve, dans d’autres encore la jeune sœur d’une épouse défunte doit prendre la place de celle-ci dans le lit du veuf.

Nous naissons dans une culture donnée, à une époque donnée, dans un pays en particulier. Nous ne serions pas les mêmes si nous parlions une autre langue, si nous étions nés dans une autre civilisation ou à une autre époque… Ces limitations, dépendantes de la mémoire collective, nous incitent à répéter des schémas et définissent notre être culturel. Mais en même temps, les possibilités du futur qui travaillent pour conduire l’humain à sa mutation transforment la souffrance initiale en énergie consciente, et créent l’Être essentiel.

L’être culturel, formé par ceux qui nous ont éduqués, doit accepter les projections des membres de sa famille désireux d’être imités. On lui enjoint d’exercer telle ou telle profession, de pratiquer telle ou telle religion, d’adhérer à telles idées politiques. Il doit lutter contre des prédictions négatives : « Si tu fais ceci, tu te détruiras », « Si tu te consacres à telle activité, tu finiras ruiné », « Si tu as des relations sexuelles avant de te marier, tu perdras ton honneur ». Le cerveau a tendance à réaliser ces prédictions. L’Inconscient les transforme en injonctions qui se mettent à agir sur nos vies comme des malédictions auxquelles nous ne pouvons nous soustraire. L’Être essentiel, quant à lui, programmé par le Supraconscient, déploie dans l’esprit des aspirations sublimes, réduites au statut d’illusions par la mémoire du clan ; des utopies, presque toujours vécues avec angoisse ; des désirs de rendre le monde meilleur, presque toujours vécus avec désespoir. L’Être essentiel et l’être culturel s’entremêlent sans cesse, tantôt pour entrer en conflit, tantôt pour s’entraider. Aïeux, grands-parents et parents se fondent en nous pour le meilleur comme pour le pire. Les forces de répétition et les forces de création, dans leur dynamique sans fin, nous tirent vers la répétition incessante du même et, simultanément, nous poussent à devenir ce que nous sommes vraiment. C’est ainsi que toute famille se transforme en une entité double : ombre et lumière. Le trésor et le piège s’unissent dans le descendant.

Nous pouvons avoir une vision à la fois positive et négative de nos arrière-grands-parents, grands-parents et parents. Chacun des ascendants devient alors une entité double : lumineuse et obscure. Deux champs d’énergie qui, bien qu’ils s’opposent, sont complémentaires. Dans le présent, l’esprit qui se matérialise coexiste avec la matière qui se spiritualise, le Supraconscient avec l’Inconscient, l’intention de réaliser le futur avec celle de répéter le passé, l’Être essentiel avec l’être socio-culturel, le désir de créer avec le désir d’imiter. C’est l’étude de l’arbre sous ce double aspect simultané et complémentaire, trésor et piège, que j’ai appelée métagénéalogie.

Dans la mesure où l’étude de l’arbre généalogique peut se résumer à une compréhension de ce que signifie essentiellement le couple humain, il m’a paru fondamental que ce livre soit le fruit d’une collaboration entre un homme et une femme. Nous sommes tous issus d’un couple, comme nous le rappelle le Tarot de Marseille qui fait correspondre au Pape une Papesse, à l’Empereur une Impératrice et au Soleil la Lune. Je veux ici rendre hommage au Tarot, ce formidable outil à penser et à développer l’intuition qui m’a permis d’intégrer toutes les connaissances tirées de la lecture et de l’expérience, qu’elles soient spirituelles, psychologiques, philosophiques ou artistiques. Le Tarot est une structure fascinante, un temple intérieur à l’architecture si bien équilibrée qu’il peut servir de tuteur à une foule de développements théoriques.

Pour écrire La Voie du Tarot, j’avais déjà eu la chance de collaborer avec Marianne Costa. Sa compréhension profonde de ma conception de l’arbre généalogique et son expérience de plus de dix ans dans ce domaine faisaient d’elle la collaboratrice idéale pour ce nouvel ouvrage. Sans son concours, ce livre n’aurait jamais pu voir le jour.

La constellation Jodorowsky

[1] En VOD sur Vimeo

[2] Source : Wikipedia

 

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