Bouddha, mode d’emploi

Il y a des livres qui changent la vie. Bouddha mode d’emploi est de ceux-là.

Présentation

Entre manuel de psychologie bouddhique et témoignage, un ouvrage moderne et très personnel qui retrace l’itinéraire d’un des plus grands enseignants bouddhistes occidentaux. Un essai où Jack Kornfield évoque son parcours personnel, nous initie à une spiritualité plus pragmatique en phase avec nos problèmes quotidiens, et surtout rapproche d’une manière inédite bouddhisme et psychologie.

« Nous devons trouver une façon plus sage de vivre. La bonne nouvelle, c’est qu’il est tout à fait possible d’y parvenir. »

Dans cette véritable bible de l’épanouissement, le plus grand maître bouddhiste d’Occident nous livre des trésors de sagesse. S’appuyant sur les expériences de ses nombreux élèves et sur son propre parcours, Jack Kornfield nous offre enfin une solution face aux conflits, à l’angoisse, au désespoir et au mépris de soi. L’amour bienveillant pour soi et pour les autres, la compassion, la gratitude et la joie sont notre nature originelle, avec laquelle il est possible de renouer.

Laissez-vous guider par des exercices pratiques et accessibles à tous et commencez dès aujourd’hui votre révolution intérieure. Un guide au carrefour des pensées occidentale et orientale, pour se libérer de la peur, découvrir la beauté de l’impermanence, et enfin prendre soin de soi et du monde.

Préface de Thierry Janssen

Voici un livre qui nous explique ce qu’est la psychologie bouddhiste. Et donc le bouddhisme. Car, comme le fait remarquer le dalaï-lama, « les enseignements bouddhistes ne sont pas une religion, ils sont une science de l’esprit », une étude de la psyché, une véritable psychologie.

En Occident, la psychologie a été marquée par trois grands courants apparus au xx e siècle : la psychanalyse, le comportementalisme (ou béhaviorisme) et la psychologie humaniste. Trois approches extrêmement novatrices qui sont en fait trois conceptions différentes de l’être humain.

La psychanalyse décrit l’individu comme le résultat d’instincts sexuels et agressifs refoulés, difficilement accessibles à la conscience et agissant en dehors du contrôle de la volonté. Les théories comportementalistes le présentent comme un être flexible, malléable, en proie aux influences de son environnement, soumis aux lois de l’apprentissage et du conditionnement. La psychologie humaniste le considère comme un être responsable et libre de réaliser ses potentialités à travers un processus que le psychologue américain Abraham Maslow a qualifié d’« actualisation de soi ».

Il est intéressant de constater que chacune des trois approches se conjugue à un temps différent. La psychanalyse s’intéresse essentiellement au passé des individus pour le faire resurgir dans le présent. Les thérapies cognitivo-comportementales explorent surtout le présent des patients afin de les aider à échapper aux conditionnements du passé. Enfin, la psychologie humaniste encourage tous les êtres humains à mettre leur volonté au service de leur liberté pour exprimer le meilleur d’eux-mêmes dans le futur.

On comprend dès lors que ces trois courants aient parfois du mal à converger, à se comprendre, ou tout simplement à se tolérer. Les psychanalystes, les thérapeutes cognitivo-comportementalistes et les psychothérapeutes humanistes gagneraient sans doute beaucoup à lire le présent ouvrage, car ils y découvriraient que, bien avant l’apparition de leurs querelles d’école, la psychologie bouddhiste a réussi à conjuguer les temps passé, présent et futur selon une logique extrêmement dynamique.

En effet, à l’instar de la psychanalyse, la psychologie bouddhiste reconnaît l’influence du passé inconscient sur nos comportements, en vertu d’une logique définie par le karma individuel et universel, les sankharas et la conscience réceptacle. À la façon des approches cognitivo-comportementales, elle nous aide à démasquer, à chaque instant du présent, la partialité de nos pensées afin de pouvoir échapper à leur emprise et retrouver la liberté de choisir nos actions. Et, de la même manière que la psychologie humaniste, elle nous encourage à exprimer la noblesse et la bonté qui sont en nous afin de pouvoir vivre le futur heureux et en bonne santé.

Ainsi, la psychologie bouddhiste apparaît comme une psychologie intégrative qui englobe différents temps et différentes dimensions de l’expérience humaine dans une optique résolument optimiste. En ce sens, elle est proche de ce que l’on appelle la «psychologie positive» – un quatrième grand courant de la psychologie occidentale, né au tout début du xxe siècle avec l’ambition d’étudier de manière scientifique (c’est sa particularité) les conditions et les processus qui contribuent au fonctionnement optimal des individus, des groupes et des institutions. Comme la psychologie bouddhiste, la psychologie positive encourage la transformation des individus en espérant que celle-ci participera à l’évolution de la collectivité ; elle refuse de ne s’intéresser qu’aux aspects négatifs de l’expérience humaine, elle croit à la possibilité d’en valoriser les aspects positifs ; elle veut quitter le domaine du pathologique pour promouvoir celui du bonheur et de la bonne santé ; et elle est convaincue que l’être humain a en lui les ressources pour y parvenir. Au vu de l’ancienneté de la tradition bouddhiste, il serait plus juste de dire que c’est la psychologie positive occidentale qui se rapproche des principes de son aïeule orientale. Mais peu importe. Force est de constater que l’une influence l’autre puisque, depuis quelques années, la psychologie bouddhiste tente, elle aussi, de soumettre ses théories à l’épreuve de la science.

Présenter la vision intégrative de la psychologie bouddhiste à un public occidental habitué à fragmenter sa réflexion n’était pas gagné d’avance. Il fallait sans doute la formation multiculturelle, l’engagement spirituel et le talent d’enseignant de Jack Kornfield pour y parvenir. En effet, notre auteur est diplômé en psychologie (occidentale), il s’est formé à diverses approches thérapeutiques analytiques et psycho-corporelles, il a suivi les enseignements de nombreux maîtres bouddhistes, dont ceux d’Ajahn Chah, en Thaïlande où il fut ordonné moine, et il a enseigné la méditation vipassana dans le monde entier. C’est donc un homme-passerelle qui a écrit ce livre. Un homme-guide aussi. Entre Orient et Occident. Tel un frère qui nous emmènerait sur un chemin inconnu, il nous prend par la main et, une étape après l’autre, il nous fait découvrir les principes vivants de l’éveil, il nous offre le Bouddhayana, une forme d’enseignement bien au-delà des écoles de pensée theravada, mahayana ou vajrayana – l’essence même du travail qui mène à la liberté intérieure.

Les pages que Kornfield consacre à la conscience sont très belles, très éclairantes, très inspirantes.

« L’esprit n’est pas simplement une pensée, écrit-il. Il n’est pas uniquement ce courant constamment changeant d’images et d’idées. Il inclut également un large éventail d’états d’esprit ou de qualités : sensations, humeurs, intuition, instincts. Plus important encore, bien qu’étant généralement ignoré, il y a le simple fait d’être conscient. Cette faculté même est essentielle : elle est la nature de l’esprit. »

Notre guide nous entraîne alors dans des zones où il paraît plus difficile de jeter un pont entre la pensée bouddhiste et celle de la psychologie occidentale. Car, précise-t-il, « la science occidentale décrit la conscience comme un produit du cerveau, tandis que la psychologie bouddhiste part de l’hypothèse que le corps physique interagit avec elle mais n’est pas sa source ».

Il existe donc un réel fossé entre les deux approches. On en mesure la profondeur lorsque l’auteur aborde, un peu plus loin, le sujet de la réincarnation. Sans tomber dans cet écueil car, fidèle aux enseignements de son maître Ajahn Chah, il nous rappelle qu’« il faut se servir des concepts mais ne pas se laisser abuser par eux ». Ainsi, « vivre avec sagesse ne dépend pas de la croyance en une vie après la mort, on peut trouver la liberté sans croire aux vies successives », nous dit-il. Et, en toute objectivité, il nous explique que le fait de croire au principe de la réincarnation a au moins deux fonctions psychologiques : la première est de nous offrir une explication aux origines de la souffrance et, de ce fait, de diminuer notre angoisse face à un destin capricieux et chaotique ; la seconde est d’attirer notre attention sur les répercussions potentielles de nos actions, et donc de nous inciter à préciser nos intentions.

C’est un livre tout en subtilité qu’il nous est proposé de découvrir ici. À chaque page, son auteur veille à ce que les concepts millénaires de la psychologie bouddhiste trouvent un écho dans notre réflexion occidentale. Ainsi, par exemple, lorsqu’il nous parle de l’ego, Jack Kornfield sait que les psychologues occidentaux le considèrent comme un principe organisateur de la pensée. Il prend donc le soin de nous expliquer l’importance de ne pas nous identifier à ce « moi fictif », dont le sentiment est éphémère et provisoire, tout en nous rassurant quant au danger dénoncé par certains de nous perdre dans la dissolution de nous-mêmes. « Nous pouvons croire que l’absence de soi signifie la perte de nous-mêmes, comme si nous allions mourir », écrit-il avant d’ajouter que «nous apprenons simplement à ne pas nous laisser duper par les idées fausses nous concernant ».

Car la psychologie bouddhiste propose de dépasser la volonté d’individualisation et de séparation valorisée par sa consœur occidentale. Nous pouvons nous débarrasser du sentiment limité que nous avons de nous-mêmes afin de goûter à ce que Jack appelle l’« ouverture joyeuse au-delà du moi », cette « expérience qui donne accès au cœur compatissant ».

Certains psychothérapeutes occidentaux se méfient des promesses de la psychologie bouddhiste. Ils jugent cette approche trop idéaliste, simpliste, voire totalement irréaliste. Agacés par son discours optimiste empreint de bons sentiments, ils lui reprochent de nier la souffrance humaine. Jack Kornfield nous démontre le contraire. Car la douleur et la souffrance sont au cœur des enseignements du Bouddha. Cependant, « la psychologie bouddhiste fait une nette distinction entre douleur et souffrance », nous explique-t-il. Les deux premières des Quatre Nobles Vérités du bouddhisme nous rappellent, en effet, que la douleur est un aspect inévitable de notre existence tandis que la souffrance dépend de notre réaction face à cette douleur ; nous pouvons donc l’éviter, à condition d’identifier ses causes, c’est-à-dire nos sentiments et nos actions négatives. Les deux Nobles Vérités suivantes nous recommandent d’abandonner ces réactions négatives en empruntant un chemin de sagesse et de compassion que nous ne pouvons parcourir que si nous sommes attentifs, éveillés, sans résistance et apaisés.

Ainsi, comme le fait remarquer Kornfield, « tout le but de la psychologie bouddhiste – son éthique, sa philosophie, ses pratiques et sa vie communautaire – consiste à découvrir que la liberté et la joie sont possibles face aux souffrances de la vie humaine ». Et, « parmi toutes les descriptions de la psychologie bouddhiste, les Nobles Vérités, qui enseignent la compréhension de la souffrance et de sa cessation, sont les plus essentielles », elles « sont agencées comme un diagnostic psychologique: symptômes, causes, possibilité de guérison, chemin thérapeutique ». Ce qui fait la particularité de la psychologie bouddhiste, c’est son absence de résignation face à la souffrance.

Le message que Jack Kornfield transmet à travers ce livre est clair :

il s’agit d’assumer notre responsabilité face à l’existence car nous sommes habilités à répondre aux événements de notre vie.

Cela nous rappelle le message tout récent de la psychologie positive et celui, plus ancien, de la psychologie humaniste et de la philosophie existentialiste qui l’a inspirée.

L’auteur nous cite d’ailleurs quelques mots de Viktor Frankl, psychiatre viennois rescapé des camps de concentration et inventeur de la logothérapie, l’une des premières psychothérapies d’inspiration humaniste : « On peut tout prendre à un homme sauf une chose : la dernière des libertés humaines – choisir sa propre attitude face aux circonstances qui se présentent, choisir sa façon d’être. »

Ainsi, contrairement à la psychologie clinique de l’Occident qui assimile les patients à des êtres passifs, victimes de forces biologiques et intrapsychiques que seule une expertise extérieure peut identifier et contrôler,

la psychologie bouddhiste considère que chacun de nous est l’expert de sa propre vie. Personne d’autre que nous-mêmes ne sait mieux ce qu’il conviendrait de transformer dans notre personnalité pour nous défaire des racines de la souffrance.

« C’est le travail de toute une vie », nous dit Jack. Le rôle du psychologue bouddhiste est d’offrir des outils pour effectuer ce travail.

Avec les qualités d’enseignant qui le caractérisent, Jack Kornfield nous invite à développer notre attention et notre compassion – les deux outils indispensables pour devenir notre propre psychologue.

Les pages qu’il écrit sur la méditation sont particulièrement didactiques. Sa longue pratique méditative et les expériences qu’il a faites par le biais de certaines pratiques psychocorporelles d’inspiration reichienne ne sont sans doute pas étrangères à la capacité qu’il a de nous faire sentir et comprendre combien « le corps est la source la plus valable de l’expérience spirituelle ».

Il nous aide alors à devenir « celui qui connaît », et à créer cet espace intérieur où le silence nous permet de découvrir notre sagesse.

J’ai aimé les paroles d’Ajahn Chah qui dit que, lorsque l’on a la sagesse, être en contact avec l’expérience c’est comme se tenir au pied d’un manguier dont les fruits sont mûrs. Nous avons alors le choix entre les bonnes mangues et celles qui sont pourries. Et, nous assure le maître bouddhiste, cela est tout à notre avantage, car nous savons lesquelles nous rendent malades et lesquelles sont bonnes pour notre santé. Les mangues pourries qui nous rendent malades sont nos « pensées malsaines », explique Kornfield. Et pour nous en débarrasser, il nous propose de recourir à une méthode qui s’apparente à celle des thérapies cognitivo-comportementales de la psychologie occidentale : identifier les pensées malsaines, admettre leur contenu et devenir capables de nous extraire de leur emprise.

Sauf que, fait-il remarquer, « le bouddhisme ne se contente pas de remplacer de façon purement rationnelle les schémas de pensée inappropriés. Il mobilise le pouvoir d’une intention bienveillante plus vaste ». Pour les psychologues bouddhistes, c’est la compassion qui opère la transformation de nos pensées. La psychologie bouddhiste mérite donc bien d’être qualifiée de « béhaviorisme du cœur ».

Jack Kornfield a raison : le cœur change tout. Le cœur éveillé, le cœur compatissant, le cœur sage, le cœur apaisé. « Vivre une vie vertueuse rend le cœur paisible », nous dit- il.

Il s’agit tout d’abord d’arrêter de commettre des actes nuisibles, puis de cultiver une vénération pour la vie et, enfin, d’accéder à la « vertu naturelle » -l’intégrité spontanée du cœur éveillé.

C’est la condition d’un bonheur authentique. C’est le chemin qui nous permet de pénétrer dans les Quatre Demeures Sublimes que sont l’amour bienveillant, la compassion, la joie et la paix – ces potentialités suprêmes du développement humain.

« L’amour est notre vraie nature », affirme Jack Kornfield. Quand cet amour rencontre la douleur, il se transforme naturellement en compassion. Quand il rencontre le bonheur, il devient joie. Cependant, les psychologues bouddhistes ne sont pas dupes : l’amour, la compassion et la joie peuvent conduire à un attachement excessif ; ces qualités chaleureuses doivent donc être pondérées par la sérénité. De la même manière que, la sérénité pouvant aboutir à un détachement trop important, sa froideur doit être compensée par l’amour, la compassion et la joie. Tout est une question d’équilibre. Le chemin est au milieu, la voie est médiane.

La lecture de ce livre a achevé de m’en convaincre : la psychologie bouddhiste est une véritable philosophie de vie. Comme toutes les psychologies, elle explique comment nous fonctionnons et, comme toutes les philosophies, elle définit comment nous devrions fonctionner. Elle est, je pense, l’expression la plus aboutie du concept de « santé mentale optimale ». Puissent les pages qui suivent être, comme elles l’ont été pour moi, une source d’inspiration pour de nombreux psychologues et psychothérapeutes occidentaux. Puissent-elles aussi constituer, pour chacun d’entre nous, une invitation à révéler le meilleur de nous-mêmes : la sagesse de notre cœur.

Namasté.

 

Thierry Janssen est médecin chirurgien et psychothérapeute. Il est notamment l’auteur des ouvrages Le Travail d’une vie (Robert Lafont) 2001), Vivre en paix (Robert Lafont) 2003) La Solution intérieure (Fayard 2006) et La maladie a-t-elle un sens? (Fayard 2008).

 

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