Les cinq genres

Nous avons été éduqués avec l’idée qu’il existe deux genres : le féminin et le masculin. Cette idée, pourtant largement répandue, est loin de faire l’unanimité.

Les tribus amérindiennes distinguaient jusqu’à cinq genres différents.

En Inde et en Indonésie on reconnaît officiellement un troisième genre. Ce dernier existe aussi en Thaïlande mais n’a pas de statut juridique.

Vous êtes sceptique ?

Regardez cette vidéo et lisez cette excellente chronique de Boucar Diouf au sujet de la vision des minorités sexuelles et de la théorie du genre.

Minorités sexuelles et théorie du genre

Quand j’étais étudiant en licence de biologie, on nous apprenait que si un spermatozoïde portant le chromosome X féconde l’ovule, on obtient une fille. Si c’en est un transportant un chromosome Y, ce sera un garçon. Aujourd’hui, on sait que ce schéma principal peut être modifié ultérieurement dans l’utérus par bien des facteurs hormonaux et même environnementaux.

De ce fait, la frontière entre les genres est très poreuse, et les intermédiaires abondent dans toutes les sociétés humaines. Selon Anne Fausto-Sterling, auteure et professeure en études du genre à l’Université Brown, dans le Rhode Island, environ 1,7 % de la population ne peut être associée à l’une ou l’autre des identités sexuelles. Aussi propose-t-elle l’existence de cinq sexes humains qui sont définis de la façon suivante.

Le deuxième sexe est celui qu’elle qualifie d’anatomique et qui sépare les porteurs de pénis des individus qui possèdent un vagin. Le troisième sexe, dit hormonal, oppose ceux qui produisent plus de testostérone aux fabricants d’œstrogènes. Le quatrième sexe est qualifié de social ; il désigne notre appartenance personnelle au groupe des hommes ou des femmes. Pour rallonger cette liste déjà longue, Anne Fausto-Sterling ajoute un cinquième sexe qu’elle qualifie de psychologique. Tenant compte de ces niveaux d’identité, nous pouvons envisager une multitude de combinaisons génératrices d’autant de diversité sexuelle dans les populations humaines.

Tout se passe comme si la nature avait le dessein de brouiller dans bien des cas la frontière entre les genres.

Ce brouillage des frontières hormonales entre hommes et femmes laisse croire que Platon n’avait sans doute pas tort dans son Banquet : nous descendrions, au départ, d’un être androgyne.

Lorsqu’on scrute ce mythe de l’androgynie sous la loupe scientifique, on peut conclure qu’il se fonde sur une certaine dose de lucidité. Avant que la différenciation sexuelle se mette en place, nous descendons tous d’une sorte d’androgyne fœtal susceptible de se muter en fille ou en garçon selon que le chromosome « Y » l’habite ou pas. C’est ainsi que les hommes ont hérité des tétines qui, au demeurant, ne nous servent pas à grand-chose. Comme ces structures déjà présentes dans le modèle de base embryonnaire ne nuisaient à l’intégrité d’aucun des deux sexes, la nature, probablement par souci d’économie, a jugé plus approprié de ne pas y toucher. Au grand bonheur des amateurs de piercing !

Une vision enrichissante

Même dans les États de droits, il faut l’avouer, cette diversité sexuelle a été bien marginalisée au nom du clivage phénotypique entre les deux sexes. Pourtant, la vision des minorités sexuelles peut enrichir grandement notre humanité. Joan Roughgarden (née Jonathan Roughgarden) est une biologiste américaine de l’évolution, professeure émérite de l’Université Stanford, dont le regard unique a secoué les certitudes sur la sexualité animale héritée de la théorie de Darwin.

Dans son dernier bouquin, intitulé Le gène généreux, ce transgenre démontre de façon magistrale comment l’obsession des scientifiques de l’évolution pour l’hétérosexualité a créé bien des biais dans notre compréhension du rôle du sexe dans le monde animal. On lui doit aussi la documentation des pratiques homosexuelles chez beaucoup d’espèces animales.

Disons qu’à cause de sa différence sexuelle, la vision de Roughgarden bouscule des certitudes dans les sciences de l’évolution, un peu comme Jane Goodall a révolutionné la primatologie avec sa sensibilité féminine dans une discipline traditionnellement masculine.

Évidemment, on ne peut pas s’attaquer à la sacro-sainte théorie de la sélection sexuelle de Darwin sans attirer des détracteurs. Et des opposants, Roughgarden en a, surtout en Grande-Bretagne qui est la patrie d’origine des sciences de l’évolution.

Entre militantisme extrême et risque de glissement

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Gabrielle Bouchard, la nouvelle présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), fait aussi jaser pour sa vision du féminisme questionnable à certains égards. Mais quand une transgenre qui dirige une association de défense des droits des femmes bouscule les certitudes jusqu’à voir une certaine charge discriminatoire dans les mots maternité et mère, les risques de glissement ne sont pas loin.

La présidente oublie peut-être que la seule chose que les hommes ne peuvent enlever aux femmes victimes de leur tyrannie partout sur la planète, c’est justement la maternité et le statut de mère. L’obsession pour les théories du genre et la levée de boucliers contre les représentations langagières du traditionnel clivage binaire entre homme et femme provoquent des braquages.

Malheureusement, quand le vent souffle très fort de l’extrême gauche, il arrive que sa force finisse par pousser bien des gens vers la droite, y compris des alliés traditionnels des revendications qu’il porte. La cause est noble, mais les risques de rétroaction négative sont bien réels.

Le sens de la mesure

Il y a quelques années, j’ai écrit dans le journal une chronique intitulée L’heureuse Solange A. Musanganya pour parler de la touchante histoire de Solange, un Africain que je connaissais et qui a changé de sexe à Montréal. Je saluais alors sa détermination et surtout, l’ouverture du Québec, qui lui a permis de s’attaquer de front à son problème existentiel et de retrouver enfin le bonheur.

À l’époque, j’avais reçu beaucoup de témoignages des quatre coins du Québec qui me disaient à quel point ils étaient contents pour Solange d’avoir osé passer à l’action. Aujourd’hui, je sais que l’élan de sympathie provoquée par ce texte serait tout à fait différent à cause des dérives de certains militants, dont les contorsions intellectuelles tranchent plus qu’elles ne rapiècent la société. Si la vision du monde des minorités sexuelles enrichit indéniablement les sociétés humaines, elle ne peut être la seule lunette valable avec laquelle regarder le monde, comme désirent certains militants un peu extrêmes.

Vive le sens de la mesure !

Une réflexion sur « Les cinq genres »

Laisser un commentaire