Le guerrier, la spectatrice et la conscience

À la question qui-suis-je ?

Le guerrier répond : je suis un guerrier dans un monde cruel. Je suis un corps, des moyens matériels et des compétences qui me permettent de mener toutes les batailles.

La spectatrice répond : je suis l’observatrice d’une terrienne qui ne cesse de changer et d’expérimenter différentes situations. Mon corps change, mes biens et mes compétences aussi. Ils ne peuvent suffire à définir ce que je suis.

Le guerrier et la spectatrice se retrouvent, souvent chez elle, au maximum trois ou quatre fois par an, autour d’un verre ou d’un repas.

Le guerrier est bavard.

La spectatrice aime les bavards, ils lui évitent de trop parler.

La rencontre se déroule selon un ordre bien défini.

Salutations habituelles, boissons puis repas.

Pour commencer, le guerrier demande à la spectatrice avec insistance comment elle va et ce qu’elle a de nouveau à lui raconter. Et souvent, avant qu’elle n’ait eu le temps de tout lui confier, le guerrier l’interrompt pour exprimer ses préoccupations du moment.

Le guerrier se raconte comme un scénario de film. Sa narration est fluide, analysée, réfléchie et structurée. Il l’a mise en scène avant de l’interpréter.

La spectatrice écoute, essaie d’intervenir et finit par ne parler que lorsque le guerrier lui pose quelques questions.

Ils se connaissent depuis des années déjà. Le rituel est le même, les préoccupations du guerrier aussi.

La soirée se déroule ainsi, un long quasi-monologue qui divertit la spectatrice jusqu’au moment où la fatigue ou l’ennui la gagne.

Elle devient alors l’observatrice de la spectatrice. En tournant son regard vers elle, elle note et apprend énormément sur elle-même et sur ses relations avec les autres.

Convaincue qu’aucune rencontre n’arrive par hasard, elle a choisi, depuis un moment, de capituler face aux guerriers et d’accorder à tous le statut d’excellent maître. Elle observe et essaie de comprendre pourquoi elle est principalement entourée de ces derniers. Elle cueille, donc, religieusement les enseignements du guerrier dont il n’a lui-même aucune conscience.

Le guerrier, trop occupé à mener sa guerre et enfermé dans une identité restreinte, profite moins de la rencontre et de ce que la spectatrice pourrait lui apprendre.

Le guerrier, la spectatrice et la conscience

Les guerriers sont nombreux. Les spectateurs, plus rares.

Combien d’occasions d’apprendre échappent aux guerriers ?

Probablement aucune parce qu’en fin de compte chacun vit ce qu’il a à vivre et le sens que nous donnons aux choses nous appartient.

Le sens juste nous satisfait, le sens erroné nous rend malheureux.

Les préoccupations des guerriers traduisent leurs insatisfactions et leurs erreurs d’appréciation. L’observation des spectateurs, leur quête de sens.

La différence entre les guerriers et les spectateurs porte un nom : la conscience.

L’inconscience limite, la conscience libère !

© Photo Gerd Altmann

 

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