Les métaux rares 1/2

La transition énergétique cherche à nous libérer des énergies fossiles mais nous rend dépendants aux métaux rares.

Métaux rares 1/2

Ces derniers sont utilisés pour produire les matériaux industriels légers et résistants, retenir les gaz d’échappement des véhicules dans des pots catalytiques, propulser les navires, lancer les satellites et les sondes spatiales… On les retrouve également dans les rotors des éoliennes, les panneaux photovoltaïques, les lampes à basse consommation, dans nos smartphones, ordinateurs tablettes et une infinité d’autres produits.

Ces dernières années, ils sont devenus indispensables aux technologies vertes et aux technologies digitales. Toutefois, leurs coûts environnementaux, économiques et géopolitiques, souvent ignorés, pourraient se révéler encore plus désastreux que ceux des énergies fossiles.

La guerre des métaux rares

Guillaume Pitron est journaliste et réalisateur. Après une enquête de six ans dans une douzaine de pays, il publie son premier livre La guerre des métaux rares, et coréalise un documentaire La sale guerre des métaux rares (lien disponible en bas de la page). Deux œuvres essentielles pour comprendre les enjeux colossaux des transitions énergétiques et numériques actuelles.

La part d’ombre des technologies vertes et numériques

Les technologies que nous nous plaisons à qualifier de « vertes » ne le sont peut-être pas tant que cela. Leur impact écologique serait même considérable. Et c’est à Toronto, où nous nous rendons au printemps 2016, que nous allons nous en rendre compte.

Au cœur du Financial District, tout ce que le monde minier nord-américain compte de compagnies d’exploration, d’experts, d’autorités publiques, de capital-risqueurs, de sociétés de conseil et d’universitaires s’est rassemblé dans l’atmosphère ouatée d’un grand hôtel à l’occasion d’une conférence consacrée à la ruée vers les métaux rares 1. On y parle investissements, trésorerie, marge brute, levées de fonds, structures de coûts, capitalisation boursière, production moyenne annuelle… Les perspectives de croissance des technologies vertes sont mirobolantes. À l’horizon 2040, prophétise l’Agence internationale de l’énergie (IEA), la part des énergies renouvelables dans la production mondiale d’électricité sera portée à 33 %, contre 21 % en 2012 2.

Mais, au milieu de ce grand théâtre de la mine, majoritairement masculin et bien mis, se trouvent deux personnages qui empêchent tout ce petit monde de creuser en rond.

Les green tech : un bilan écologique accablant

Le premier est le Canadien Bernard Tourillon. Il dirige Uragold, une entreprise qui produit les matériaux nécessaires à l’industrie solaire. Et il a minutieusement calculé l’impact écologique des panneaux photovoltaïques. La seule production d’un panneau solaire, compte tenu en particulier du silicium qu’il contient, génère, avance-t-il, plus de 70 kilos de CO2. Or, avec un nombre de panneaux photovoltaïques qui va augmenter de 23 % par an dans les années à venir, cela signifie que les installations solaires produiront chaque année dix gigawatts d’électricité supplémentaires. Cela représente 2,7 milliards de tonnes de carbone rejetées dans l’atmosphère, soit l’équivalent de la pollution générée pendant un an par l’activité de près de 600 000 automobiles 3.

Ces impacts s’alourdissent encore lorsqu’on se penche sur les panneaux qui fonctionnent à l’énergie solaire thermique 4 : certaines de ces technologies consomment jusqu’à 3 500 litres d’eau par mégawattheure. C’est 50 % de plus que l’eau dont a besoin une centrale à charbon 5. Et c’est d’autant plus problématique que les fermes solaires sont le plus souvent situées dans des zones arides, où les ressources en eau, précisément, sont rares.

Le second trouble-fête est John Petersen, un avocat texan qui a longtemps travaillé dans le secteur des batteries électriques. Après avoir retourné les chiffres dans tous les sens, consulté de nombreuses études universitaires et conduit ses propres recherches, il est parvenu à une conclusion singulière. Remontons à 2012 : des chercheurs de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) 6 entreprennent de comparer l’impact carbone d’une voiture classique roulant au pétrole et celui d’un véhicule électrique. Première découverte : la fabrication d’une voiture électrique, censée consommer moins d’énergie, requiert beaucoup plus d’énergie que l’usinage d’une voiture classique. Cela s’explique notamment par leur batterie, généralement une batterie lithium-ion, qui est lourde, très lourde… Songez que celle utilisée pour un véhicule électrique modèle S de la célèbre marque américaine Tesla pèse, à elle seule, 25 % du poids total de la voiture : 544 kilos – la moitié du poids d’une Renault Clio 7 (consulter l’aperçu des métaux rares contenus dans une voiture électrique, annexe 5).

Or les batteries lithium-ion sont composées à 80 % de nickel, à 15 % de cobalt, à 5 % d’aluminium, mais aussi de lithium, de cuivre, de manganèse, d’acier ou encore de graphite 8. Nous savons déjà dans quelles conditions ces minerais sont extraits en Chine, au Kazakhstan et en RDC, à quoi il faut ajouter leur raffinage et toute la logistique nécessaire à leur transport et à leur assemblage. Conclusion des chercheurs de l’UCLA : la seule industrialisation d’une voiture électrique consomme trois à quatre fois plus d’énergie que celle d’un véhicule conventionnel.

Au niveau du cycle de vie complet, en revanche, les avantages d’un véhicule électrique sont réels. Puisqu’il ne nécessite pas de pétrole, les rejets de carbone dans l’atmosphère sont bien moindres : 32 tonnes de carbone depuis l’usine jusqu’à la décharge, contre près du double pour une voiture conventionnelle. Attention, cependant : l’étude universitaire portait sur la batterie électrique d’un véhicule de taille moyenne doté d’une autonomie de 120 kilomètres. Or le marché des véhicules électriques progresse à un rythme tel qu’aujourd’hui aucune voiture commercialisée n’a une autonomie inférieure à 300 kilomètres. Une batterie suffisamment puissante pour faire rouler une voiture durant 300 kilomètres correspond dès lors, selon John Petersen, à un doublement des émissions de carbone générées au cours de la phase d’usinage du véhicule. Et, dans le cas d’une batterie affichant une autonomie de 500 kilomètres, il faudrait même les tripler !

Résultat : une voiture électrique générerait, durant l’ensemble de son cycle de vie, trois quarts des émissions carbone d’une voiture carburant au pétrole. Et plus les capacités des voitures électriques vont augmenter, plus l’énergie nécessaire à leur fabrication et les gaz à effet de serre générés lors du processus vont croître. Or le groupe Tesla vient d’annoncer que ses modèles S seraient dorénavant dotés de batteries dépassant 600 kilomètres d’autonomie 9. Et Elon Musk, son patron, promet pour bientôt des batteries dotées d’une autonomie de 800 kilomètres 10.

Conclusion de John Petersen : « Les véhicules électriques peuvent être techniquement possibles, mais leur production ne sera jamais soutenable d’un point de vue environnemental 11. » De nombreuses études qui se sont attelées au même exercice aboutissent d’ailleurs à des conclusions assez proches : ainsi un rapport de l’ADEME publié en 2016 conclut-il que « sur l’ensemble de son cycle de vie, la consommation énergétique d’un VE [véhicule électrique] est globalement proche de celle d’un véhicule diesel » 12. Il pourrait même émettre davantage de CO2 si l’électricité qu’il consomme provient majoritairement de centrales à charbon, tel que cela est le cas dans des États comme la Chine, l’Australie, l’Inde, Taïwan ou encore l’Afrique du Sud. Enfin, de multiples questions restent en suspens : le remplacement de la batterie du véhicule, qui souvent s’use vite, a-t-il été pris en compte ? Connaît-on précisément les coûts écologiques de toute l’électronique et autres objets connectés dont ces véhicules sont truffés ? Et que dire de l’impact environnemental du recyclage futur de ces voitures, encore neuves pour la plupart ? Quelle énergie, enfin, faudra-t-il consommer pour construire les réseaux et centrales électriques nécessaires à ces nouveaux besoins ? 13 En définitive, comme l’admet un expert américain des métaux rares interrogé à Toronto, « il n’est dans l’intérêt d’aucun professionnel des énergies vertes de communiquer là-dessus… Tout le monde veut croire que nous améliorons les choses, pas que nous régressons, n’est-ce pas ? ».

La matérialité de l’invisible

Ce n’est pas tout : nous savons que les technologies vertes convergent progressivement avec les technologies numériques, lesquelles, nous promettent leurs hérauts, vont en décupler les effets. Dès lors, osons cette question parfaitement scandaleuse : ces dernières ne vont-elles pas plutôt aggraver la pollution générée par les green tech ? Tel n’est pas le discours des prophètes de la transition énergétique, bien au contraire. Le numérique, nous assurent-ils, va nous permettre d’accéder à rien de moins que la sobriété énergétique. C’est la rhétorique dominante – qu’il nous faut détricoter minutieusement.

Tout d’abord, le numérique permet de concevoir des réseaux électriques « intelligents » qui sont censés optimiser notre consommation d’électricité. Entre les panneaux solaires qui génèrent de l’énergie propre et les voitures « zéro émission » qui la consomment sans polluer, il faut en effet un réseau pour acheminer l’énergie. Jusqu’alors, l’électricité produite par les centrales à charbon, à pétrole et les installations nucléaires affluait en continu dans le réseau : nous connaissions précisément la quantité d’énergie qui allait transiter à quelle heure et en quel point précis du réseau, puisque c’était nous qui décidions de l’activité de nos centrales. Rien de tel avec l’actuelle transition énergétique, qui se fonde sur des sources d’énergie dites « intermittentes ». En effet, personne n’a encore trouvé le moyen de commander le soleil et le vent… L’électricité produite par les panneaux solaires et les éoliennes irrigue le réseau électrique de manière saccadée. Toute la tâche des gestionnaires de réseaux consiste donc à acheminer la quantité exacte d’électricité au bon endroit au bon moment. Pas assez d’électricité, et c’est la panne. Trop d’électricité, et le surplus est gaspillé. Les énergéticiens s’emballent donc pour une nouvelle génération de réseaux électriques qui optimisent ce savant dosage en adaptant en permanence la fourniture d’électricité aux besoins réels – et donc limitent les gaspillages – grâce à des algorithmes de plus en plus élaborés.

Ensuite, le numérique est supposé atténuer l’impact carbone des activités humaines. Il faut lire les thèses optimistes et revigorantes essaimées par les papes des nouvelles technologies, tel Jeremy Rifkin. Ce penseur américain s’est fait connaître dans le monde entier en 2011 en popularisant le concept de « troisième révolution industrielle 14 ». Il postule justement que le croisement des technologies numériques et des énergies vertes permettra à tout un chacun de produire soi-même de l’électricité propre, bon marché et en abondance. Quelques années plus tard, le techno-prophète récidivait avec une idée formidable, celle de « nouvelle société du coût marginal zéro 15 » : les technologies de l’Internet, en créant une nouvelle génération de « communaux collaboratifs » s’échangeant tout via le réseau Internet, vont nous faire basculer de l’âge de la propriété à celui de l’accès. Nous n’aurons plus besoin de posséder quoi que ce soit, puisqu’il nous sera loisible, en surfant sur le Web, de partager n’importe quel produit moyennant finances. Nous vivons déjà cette révolution culturelle au niveau du transport en voiture (Blablacar, Drivy, Autolib…), avec des effets qui pourraient fortement impacter l’industrie automobile. Ainsi, selon M. Rifkin, 80 % des utilisateurs de sites d’autopartage auraient déjà vendu leur véhicule. Imaginez la chute vertigineuse du nombre de voitures dans ce nouvel âge de l’accès – et les économies de matières premières et d’émissions carbone qui iront avec 16 !

En 2013, Eric Schmidt, alors président du conseil d’administration de Google, et Jared Cohen, ancien conseiller d’Hillary Clinton au département d’État et père autoproclamé de la « diplomatie numérique », ont poussé la logique un cran plus loin en publiant The New Digital Age 17. Ce best-seller mondial a contribué à nous ouvrir les yeux sur le rôle croissant de la sphère virtuelle. Par la grâce de l’Internet, annoncent les deux gourous, « l’immense majorité d’entre nous sera amenée à vivre, à travailler et à être gouvernée dans deux mondes à la fois » : le monde physique et le monde virtuel. À l’avenir, un nombre croissant de cyber-États mèneront toujours plus de cyber-guerres contre des réseaux criminels virtuels perpétrant des attaques informatiques toujours plus puissantes 18. Cet oracle porte une formidable utopie : celle selon laquelle nous allons nous affranchir de la matière. D’ailleurs, la dématérialisation est déjà synonyme de télétravail, de commerce électronique, de téléprocédures, de stockage numérique des données… En limitant le transport physique des informations, en migrant du papier à l’analogique, nous sommes dorénavant en mesure d’abjurer notre civilisation consommatrice de ressources et, par exemple, de freiner la déforestation de l’Amazonie et du bassin du Congo 19 – bref, de pénétrer de plain-pied dans un nouvel âge empreint de sobriété et de sagesse.

Or le digital nécessite l’exploitation de quantités considérables de métaux : chaque année, l’industrie de l’électronique consomme 320 tonnes d’or et 7 500 tonnes d’argent, accapare 22 % de la consommation mondiale de mercure (soit 514 tonnes) et jusqu’à 2,5 % de la consommation de plomb. La fabrication des seuls ordinateurs et téléphones portables engloutit 19 % de la production globale de métaux rares tels que le palladium et 23 % du cobalt. Sans compter la quarantaine d’autres métaux en moyenne contenus dans les téléphones mobiles (consulter l’annexe 6 sur la composition en métaux rares d’un iPhone). Et encore, « le produit dont dispose le consommateur ne représente que 2 % de la masse totale des déchets générés tout au long du cycle de vie », expliquent les auteurs d’un ouvrage consacré à la face cachée du numérique 20. Un exemple suffit : « La seule fabrication d’une puce de deux grammes implique le rejet de deux kilogrammes de matériaux environ », soit un ratio de 1 à 1 000 entre la matière produite et les rejets générés 21.

Et l’on ne parle ici que de la production des outils digitaux… En effet, le fonctionnement des réseaux électriques va logiquement générer une activité numérique additionnelle – donc une pollution supplémentaire, dont les effets commencent à être connus. Un documentaire consacré aux impacts environnementaux d’Internet retrace ainsi le parcours d’un banal e-mail : parti de l’ordinateur, il parvient à la box, descend de l’immeuble, rejoint un centre de raccordement, transite d’un câble individuel vers des échangeurs nationaux et internationaux, puis passe par l’hébergeur de la messagerie (généralement basé aux États-Unis). Dans les centres de stockage de données de Google, Microsoft ou Facebook, le courriel est traité, stocké, puis envoyé en direction de son destinataire. Résultat : il a parcouru environ 15 000 kilomètres à la vitesse de la lumière 22.

Tout cela a un coût environnemental. « L’ADEME a calculé le coût électrique de nos actions digitales : un mail avec une pièce jointe utilise l’électricité d’une ampoule à basse consommation de forte puissance pendant une heure », précise le documentaire. Or, chaque heure, ce sont dix milliards d’e-mails qui sont envoyés à travers le monde, « donc 50 gigawatts/heure, l’équivalent de la production électrique de quinze centrales nucléaires pendant une heure ». Et, pour gérer les données qui transitent et faire fonctionner les systèmes de refroidissement, un seul data center consomme chaque jour autant d’énergie qu’une ville de 30 000 habitants 23

De manière plus générale, une étude américaine a estimé que le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) consommait 10 % de l’électricité mondiale et produisait chaque année 50 % de plus de gaz à effet de serre que le transport aérien 24. « Si le cloud était un pays, il se classerait au cinquième rang mondial en termes de demande en électricité 25 », précise d’ailleurs l’organisation Greenpeace dans une étude. Et ce n’est bien entendu qu’un début : la transition énergétique et numérique va encore nécessiter la mise en service de constellations de satellites, déjà promises par les géants de la Silicon Valley pour connecter la totalité de la planète à Internet, des fusées pour les propulser dans l’espace, une armada d’ordinateurs pour identifier la bonne orbite, émettre sur les bonnes fréquences et crypter les communications avec des outils digitaux adaptés, des légions de supercalculateurs pour analyser le déluge de données, et, pour acheminer l’information en temps réel, une toile planétaire de câbles sous-marins, un dédale de réseaux électriques aériens et souterrains, des millions de terminaux informatiques, quantité de centres de stockage de données, des milliards de tablettes, smartphones et autres objets connectés dont il faudra recharger les batteries… La prétendue marche heureuse vers l’âge de la dématérialisation n’est donc qu’une vaste tromperie, puisqu’elle génère, en réalité, un impact physique toujours plus considérable 26. Et, pour ce Léviathan numérique, nous aurons besoin de centrales à charbon, à pétrole, à gaz et nucléaires, de champs éoliens, de fermes solaires et de réseaux intelligents – autant d’infrastructures pour lesquelles il nous faudra des métaux rares.

De tout cela, Jeremy Rifkin ne souffle pas un seul mot.

Nous nous sommes donc rapprochés du grand homme afin d’engager une discussion sur la matérialité de l’invisible et le paradoxe des énergies vertes. Nous avons, à de nombreuses reprises, contacté la Foundation on Economic Trends (FOET), l’organisme à travers lequel il propose ses services de conférencier et d’éminence grise. Et avons envoyé des courriers – électroniques – pour motiver notre demande, formulant cette contradiction que nous voudrions tirer au clair. Nous avons également proposé à M. Rifkin de le rencontrer brièvement lors d’un de ses voyages en France, et même de nous entretenir quelques instants de visu avec lui dans la banlieue de Washington, où se trouvent ses bureaux.

Nous n’avons jamais reçu de réponse. Peut-être à cause de la formidable erreur originelle dont nous semble pâtir la transition énergétique et numérique : elle a été pensée hors sol. Les green tech peuvent bien naître dans la tête d’un chercheur en sciences fondamentales, connaître une application concrète grâce à la persévérance d’un entrepreneur, être favorisées par une fiscalité attrayante et des réglementations flexibles, portées par des investisseurs audacieux et des business angels bienveillants, il n’empêche : chacune d’elles, quelle qu’elle soit, procède d’abord beaucoup plus prosaïquement d’un cratère entaillé dans le sol. En exigeant de la terre un nouveau tribut, nous remplaçons notre dépendance au pétrole par une autre accoutumance, celle aux métaux rares. Nous contrebalançons une privation par un excès. Un peu à la manière d’un toxicomane qui, pour stopper son addiction à la cocaïne, sombrerait dans l’héroïne… Au fond, nous ne réglons en rien le défi de l’impact de l’activité humaine sur les écosystèmes ; nous ne faisons que le déplacer. La ferveur avec laquelle nous domptons les périls environnementaux présents pourrait bien nous conduire au-devant de graves crises écologiques.

Extrait de La guerre des métaux rares La face cachée de la transition énergétique et numérique de Guillaume Pitron

La guerre des métaux rares

Transition énergétique, révolution numérique, mutation écologique… Politiques, médias, industriels nous promettent en chœur un nouveau monde enfin affranchi du pétrole, des pollutions, des pénuries et des tensions militaires. Cet ouvrage, fruit de six années d’enquête dans une douzaine de pays, nous montre qu’il n’en est rien !

En nous émancipant des énergies fossiles, nous sombrons en réalité dans une nouvelle dépendance : celle aux métaux rares. Graphite, cobalt, indium, platinoïdes, tungstène, terres rares… ces ressources sont devenues indispensables à notre nouvelle société écologique (voitures électriques, éoliennes, panneaux solaires) et numérique (elles se nichent dans nos smartphones, nos ordinateurs, tablettes et autre objets connectés de notre quotidien). Or les coûts environnementaux, économiques et géopolitiques de cette dépendance pourraient se révéler encore plus dramatiques que ceux qui nous lient au pétrole.

Dès lors, c’est une contre-histoire de la transition énergétique que ce livre raconte – le récit clandestin d’une odyssée technologique qui a tant promis, et les coulisses d’une quête généreuse, ambitieuse, qui a jusqu’à maintenant charrié des périls aussi colossaux que ceux qu’elle s’était donné pour mission de résoudre.

Journaliste pour Le Monde Diplomatique, Géo ou National Geographic (il est notamment lauréat de l’édition 2017 de Prix Erik Izraelewicz de l’enquête économique, créé par Le Monde), Guillaume Pitron signe ici son premier ouvrage. La géopolitique des matières premières est un axe majeur de son travail. Il intervient régulièrement auprès du parlement français et de la Commission européenne sur le sujet des métaux rares.

La sale guerre des métaux rares

1. C’était le 5e Annual Cleantech & Technology Metals Summit : Invest in the Cleantech Revolution.
2. « World Energy Outlook 2014 Factsheet : Power and renewables », International Energy Agency, 2014.
3. Pour parvenir à cette estimation, M. Tourillon utilise le calculateur des équivalences d’émissions de gaz à effet de serre de l’Agence de la protection de l’environnement des États-Unis. Voir epa.gov/energy/greenhouse-gas-equivalencies-calculator.
4. Les rayons du soleil génèrent une énergie thermique qui réchauffe des fluides, telle l’eau, laquelle peut ensuite être utilisée directement (grâce à un chauffe-eau solaire) ou indirectement (la vapeur d’eau, au moyen d’un alternateur, génère de l’électricité).
5. Julia Bucknall, « Cutting Water Consumption in Concentrated Solar Power Plants », The Water Blog, 20 mai 2013.
6. Kimberly Aguirre, Luke Eisenhardt, Christian Lim, Brittany Nelson, Alex Norring, Peter Slowik et Nancy Tu, « Lifecycle Analysis Comparison of a Battery Electric Vehicle and a Conventional Gasoline Vehicle », UCLA Institute of the Environment and Sustainability, juin 2012. Pour plus d’informations sur les impacts environnementaux des batteries électriques, voir également J. Sullivan, L. Gaines, « A Review of Battery Life-Cycle Analysis : State of Knowledge and Critical Needs », Argonne National Laboratory, 1er octobre 2010.
7. Elle coûterait aussi, selon certains experts, au moins un tiers du prix total du véhicule.
8. Voir « Extraordinary Raw Materials in a Tesla Model S », Visual Capitalist, 7 mars 2016.
9. « Tesla lance une super-batterie pour son Model S », Le Figaro, 25 août 2016.
10. « Musk : Millions of Teslas, 500-mile range coming », CNBC, 6 novembre 2015. Dès lors, il a beau jeu de quitter le groupe des grands patrons qui conseillaient le président Trump après que celui-ci a annoncé le retrait des États-Unis de l’accord de Paris. En réalité, le coût du rêve écologique de M. Musk est bien plus élevé que lui et d’autres ne veulent bien l’admettre. Voir « Cost of Elon Musk’s Dream Much Higher Than He and Others Imagine », RealClearEnergy, 8 juin 2017.
11. John Petersen, « How Large Lithium-ion Batteries Slash EV Benefits », 2016. Pour l’ensemble des articles de John Petersen, voir le site : http://seekingalpha.com/author/john-petersen/articles#regular_articles&ticker=tsla.
12. Voir le rapport de l’ADEME, « Les potentiels du véhicule électrique », avril 2016, et Troy R. Hawkins, Bhawna Singh, Guillaume Majeau-Bettez et Anders Hammer Strømman, « Comparative Environmental Life Cycle Assessment of Conventional and Electric Vehicles », 4 octobre 2012.
13. Pour creuser ces questions, voir le passionnant article de Jean-Marc Jancovici, « La voiture électrique est-elle LA solution aux problèmes de pollution automobile ? », 1er octobre 2017, sur le site de l’auteur : jancovici.com.
14. Jeremy Rifkin, La Troisième Révolution industrielle, cit.
15. Jeremy Rifkin, The Zero Marginal Cost Society : The Internet of Things, the Collaborative Commons, and the Eclipse of Capitalism, Palgrave Macmillan, 2014. En français : La Nouvelle Société du coût marginal zéro : l’Internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipse du capitalisme, Les Liens qui Libèrent, 2014.
16. Pour les impacts écologiques du développement de l’autopartage et du covoiturage en France, voir en particulier le rapport du Pôle interministériel de prospective et d’anticipation des mutations économiques (PIPAME), « Usages novateurs et nouvelles mobilités », janvier 2016.
17. Eric Schmidt et Jared Cohen, The New Digital Age : Reshaping the Future of People, Nations and Business, Knopf, Random House Inc., 2013. En français : À nous d’écrire l’avenir : comment les nouvelles technologies bouleversent le monde, Denoël, 2014.
18. Il faut imaginer les immenses masses de données digitales que cela génère déjà. « Nous fabriquons tous les deux jours autant de contenu numérique qu’on en a fabriqué de l’aube de la civilisation jusqu’à 2003 », insistent MM. Schmidt et Cohen. Ces perspectives ont une conséquence économique : le « sixième continent » qu’est le Web représente 22,5 % de l’économie mondiale et devrait même atteindre 25 % d’ici à 2020, soit plus de 24 000 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Voir également Mark Knickrehm, Bruno Berthon et Paul Daugherty, Digital Disruption : The Growth Multiplier. Optimizing Digital Investments to Realize Higher Productivity and Growth, Accenture Strategy, 2016.
19. Nous abattons 2 400 arbres par minute dans le monde, soit l’équivalent du tiers de la superficie du territoire français chaque année. Voir « Déforestation : 18 millions d’hectares de forêts perdus en 2014 », Le Monde, 3 septembre 2015.
20. Fabrice Flipo, Michelle Dobré et Marion Michot, La Face cachée du numérique. L’impact environnemental des nouvelles technologies, L’Échappée, 2013.
21. Ibid.
22. Coline Tison et Laurent Lichtenstein, Internet : la pollution cachée, documentaire, Camicas Productions, 2012.
23. Et le film de nous emmener jusque dans les mines de charbon des Appalaches, en Virginie-Occidentale, desquelles on extrait précisément les ressources fossiles qui vont faire tourner les centrales électriques américaines. « Rien de virtuel derrière nos clics », constate le documentaire, qui, revenu des illusions de la dématérialisation, interroge plutôt : « Nos mails finiront-ils par détruire toutes les montagnes Appalaches ? »
24. Mark P. Mills, « The Cloud Begins With Coal : Big Data, Big Networks, Big Infrastructure, and Big Power – An Overview of the Electricity Used by the Global Digital Ecosystem », août 2013.
25. « How Clean is Your Cloud ? », Greenpeace, avril 2012.
26. À titre d’exemple : en 1951, l’UNIVAC I (Universal Automatic Computer I), premier ordinateur commercial américain, fut vendu à 44 exemplaires. En 2015, il s’est écoulé près de trois cents millions de PC et plus de deux cents millions de tablettes dans le monde. Plus des trois quarts des Terriens possèdent aujourd’hui un téléphone portable.

 

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