L’oeuvrier

«L’œuvre y est. Quand j’ai entendu cela, je me suis dit : c’est quoi l’œuvrier ? Alors j’ai pensé : tiens c’est moi, c’est mon histoire et ma vie de musicien… C’est ce qui reste à faire. Œuvre à l’œuvre.

Manifeste des oeuvriers

Œuvrier, être à l’œuvre de soi. Se construire soi, aller jusqu’au profond. Œuvrier, c’est l’idée d’être à l’œuvre de cette auto-émancipation. Se construire à partir de ses désirs, de ses contradictions…

L’œuvre, c’est du travail, c’est du travail aussi en direction de l’autre. On ne fait rien tout seul. Évidemment ça pose plein de problèmes, mais ce sont les solutions qui posent problème, non ? C’est travailler à l’obstacle comme lieu de passage.

Œuvrier… ouvrier. Quand je travaille mon piano quatre heures par jour, je suis ouvrier. Musicien artiste, c’est tout un travail d’artisanat sur soi, manuel et intellectuel. Ce vieux mot d’ouvrier, c’est un beau gros mot, qui parle d’histoire, de gestes, de savoir, d’esthétique, de politique. Un beau mot qui parle de domination, d’exploitation, de prolétarisation, de résistance, de révolte. Je dis cela pour les jeunes générations que ça fait flipper. Le terme œuvrier défrise parfois parce qu’il comprend le mot ouvrier. Alors ne confondons pas ouvrier et oublié. Ne nous laissons pas simplifier, laissons aller respirer la pensée…

Debout les œuvriers de la terre !

Parfois on perd le sens de l’oreille fine, aujourd’hui je crains que nous soyons en train de devenir sourds à nous-mêmes.

Donc à l’ouïe et à l’œil… œuvre à l’œuvre… l’œuvrier ».

Bernard Lubat dans Manifeste des Œuvriers

 

Manifeste des Œuvriers

Le désir de retour à l’œuvre sonne à toutes les portes de la vie : la vie de l’humain qu’on soigne, qu’on éduque, à qui on rend justice, qui s’informe, qui se cultive, qui joue, qui s’associe, qui se bat, fort de la solidarité qui s’offre à qui sait la chercher. Ce manifeste revendique la place de l’homme au centre des activités de production et création, pour lutter contre la normalisation technocratique et financière.

Œuvriers, il y a dans ce mot, énigmatique, aux multiples sens, une intuition, l’intuition d’une urgence et de la nécessité de révolutionner la relation au travail, à la vie. Il faut en finir avec le « travail en miettes » qui transforme chacun de nos métiers en chaîne de production standardisée, fabriquant des objets et des services sans saveurs ni originalité, et un monde glacial et désenchanté. L’œuvre n’est pas incompatible avec le travail, le travail bien fait dans l’amitié et le goût.

On peut gagner sa vie mais aussi la partager avec les autres en produisant des objets et des services de qualité. Il faut pour cela restituer aux conditions sociales des métiers leurs dimensions artisanales et artistiques, faire œuvre. C’est une urgence. Urgence démocratique autant que subjective. Ce sont des œuvriers qui vous le disent, artiste, journaliste et chercheur. Œuvriers, manifestez-vous !

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