Le seul désir – Dans la nudité des tantra

Un livre essentiel à déguster très lentement !

Présentation

Parce qu′il est connu surtout par ses caricatures les plus colorées, et aussi parce qu′il possède un langage secret, le tantrisme est souvent incompris. Il se présente ici non comme un voyage de dépaysement culturel, mais comme un éclairage sans concession sur nos modes de pensée et d′action. Débarrassée de son romantisme sexuel infantile inventé en Occident, cette tradition vivante met en question la réalité de nos souffrances.

Qu′est-ce que le tantrisme véritablement ? Qu′est-ce que le désir ? Qu′est-ce que l′amour même ?

Dans les entretiens consignés dans ce livre, où les dialogues n′apparaissent que pour célébrer des retrouvailles profondes, résonne le sentiment d′une liberté longtemps pressentie mais toujours repoussée. La joie serait-elle plus près de nous que ne pourrions jamais l′imaginer ?

Extrait

Question :

Le mot « tantrisme » suscite de nombreux préjugés. Pourriez-vous en parler ? Qu’est-ce que le tantrisme ?

Réponse :

Le tantrisme est un mot. Il apparaît à certaines périodes de l’histoire, puis disparaît. Actuellement, les médias occidentaux se servent de ce mot pour vendre quelques journaux inutiles. En Orient également, à certaines époques, ce mot a surgi : chaque fois il signifiait des choses différentes.

On aimerait pouvoir dire que le tantrisme est ce qui se trouve dans les tantra. Malheureusement, certains tantra ne sont pas tantriques et certains textes qui ne sont pas des tantra contiennent des éléments tantriques.

On ne peut donc pas répondre sérieusement à cette question. Ou alors nous serions obligés de répondre du point de vue d’une école particulière. Chaque aspect de la tradition indienne peut être appréhendé d’un point de vue tantrique. Ainsi, selon le tantrisme du Cachemire, toutes les activités humaines participent du tantra. Pourquoi ? Parce que le tantra est l’actualisation du pressentiment du silence dans l’espace-temps.

Le pressentiment du silence est la non-dualité. L’expression de la non-dualité dans la vie de tous les jours est le tantrisme. En Inde, deux grandes démarches coexistent. La plupart des approches de la tradition contiennent l’une et l’autre : la démarche de la main droite et celle de la main gauche.

La méthode orthodoxe, dite de la main droite, adopte les formes qui sont en accord avec la culture, la philosophie et la moralité de la période où elle s’exprime. Incluses dans l’orthodoxie religieuse, elles participent des notions de caste, d’interdit, de hiérarchie qui y prédominent. La méthode de la main gauche se réfère à une codification de techniques et de préceptes qui peuvent sembler en contradiction avec la situation culturelle de la période où elle s’exprime. Dans leur symbolisme, ces formes se réfèrent à des transgressions de codes établis. Il existe néanmoins des rituels tantriques orthodoxes et des rituels de la main gauche non tantriques. Nous voilà donc revenus au point de départ de cette discussion : le tantrisme n’est qu’un mot et ne peut être défini de manière sérieuse.

Penser qu’une personne puisse devenir impersonnelle relève d’un absolu manque de clarté quant au principe métaphysique – une sorte de sacrilège. Cette vision simpliste se trouve aussi dans certains courants hindous : les pashupatas, par exemple, ou, plus près de nous, les écoles de la tendance Gorakshanatha.

Autre exemple de la confusion qui entoure le terme « tantrisme » : le tantrisme hindou est extrêmement différent du tantrisme bouddhiste. Le bouddhisme tantrique est une approche dualiste qui se camoufle sous des concepts non dualistes empruntés au shivaïsme de l’Inde. C’est une approche imbibée d’intention, de volonté, d’essais désespérés pour arriver à quelque chose, quelque part, pour quelqu’un. Cette approche est considérée comme une démarche rapide qui procède du développement de l’énergie appartenant à une personnalité, laquelle personnalité veut devenir illuminée. Pour réaliser ce fantasme, on prétend utiliser toutes les situations capables d’accélérer cette illumination.

Dans la tradition indienne, la conscience, le silence, est symbolisé comme masculin, tandis que son expression dans l’espace-temps, l’espace-temps lui-même, est symbolisé comme féminin. Le masculin est la vérité ultime, le principe métaphysique. Le féminin est sa projection. La démarche tantrique est l’art de la réintégration consciente de l’aspect manifesté, de l’énergie, dans son principe. C’est une redécouverte, un retour chez soi et non un accomplissement.

Sur un autre plan, on peut dire que le tantrisme est une codification technique spécifique liée à une localisation géographique. Le tantrisme du Bengale est différent de celui de l’Assam, celui de la région de Bénarès diffère de celui d’Orissa, et celui du sud de l’Inde, très proche sur un certain plan du Trika cachemirien, est encore différent. Il faudrait aussi parler des tantra vishnouistes comme ceux des Sahajiya du Bengale ou même ceux, moins connus, dérivés de l’islam, comme dans l’ismaélisme.

Tous ces courants explorent le principe sous-jacent à la manifestation et son moteur essentiel : le désir. Tous mettent l’accent sur la sensibilisation des corps d’énergie pour approcher le grand mystère. Mais la manière dont la technicité va s’approfondir est propre à chaque école. Au seul Cachemire, dans le tantrisme le plus non duel, la technicité diffère grandement selon les courants. Pour assister sa transmission, un enseignant d’une lignée particulière pourra même utiliser certaines méthodes appartenant à d’autres écoles.

Mon maître a inclus quelques exercices venus de l’Himalaya dans son enseignement. Toutes ces techniques visent à affiner la sensibilité aux courants essentiels de la vie.

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