La justice, les droits et les saletés

M RAMID, en quoi deux personnes qui s’aiment vous dérangent ? Le sexe, dans ou en dehors du mariage, avec une personne de même sexe ou de sexe opposé, dans une relation courte ou plus longue, est toujours de l’amour.

Dans une relation (qui n’est jamais que sexuelle), nous aimons au minimum un corps et au plus un être dans sa complétude.

Faire l’amour, c’est dire je t’aime avec son corps. Est-ce un crime M RAMID ?

Qui êtes-vous pour vouloir vous substituer à Dieu et punir des gens qui s’aiment ?

Votre position, M le ministre, selon vos références, est un blasphème et une grave atteinte à l’islam que vous prétendez vouloir protéger. Revenez à la raison ! Vous n’êtes ni Dieu ni le garant du respect de ses préceptes.

Paradoxalement, l’hyperpuissance que vous affichez pour nous imposer vos idées est mise à mal lorsque vous affirmez être dérangé et blessé par quelques personnes qui ont des relations sexuelles avec un partenaire du même sexe ou hors mariage ou des personnes qui ne jeûnent pas…

Porteraient-elles atteinte à vos convictions ?

Je ne vois, là, que la faiblesse de vos croyances. Être ébranlé par le comportement des autres n’est que la preuve de la fragilité de votre système de pensée.

C’est pour cette raison que nous sommes nombreux à ne pas y adhérer.

Nous sommes plus forts que vous M RAMID pour nous laisser déstabiliser par quelques différences y compris les vôtres M le ministre. Ce que nous pensons être notre vérité nous appartient et est bien trop ancré et solide pour s’effondrer. Et surtout, M RAMID, nous n’avons nul besoin de l’imposer aux autres par le biais de lois rétrogrades ou pire, par des insultes.

Le regard que nous portons sur notre société est lucide et sans complaisance. A la répression aveugle, nous préférons le dialogue, l’information et la sensibilisation.

Il vous est sûrement plus facile d’ignorer la réalité, elle est pourtant bien là.

Beaucoup de marocains font l’amour sans être mariés et certains sont homosexuels. Ce sont des libertés individuelles et vous n’avez pas à vous en occuper M le ministre.

Chaque jour, 800 avortements illégaux ont lieu, 154 enfants naissent hors mariage dont 24 sont retrouvés abandonnés dans nos rues et nos poubelles et les tests ADN ne sont pas reconnus par les tribunaux comme des preuves probantes de la paternité de nos enfants nés hors mariage.

Ce sont ces mêmes enfants qui deviendront plus tard adultes et que nos lois considéreront pour toujours comme des citoyens de seconde catégorie les privant d’une possibilité de revanche sur un difficile départ dans la vie dont ils ne sont en rien responsables.

Vous avez été ministre de la justice, votre rôle était de remédier à ces injustices qui touchent une partie de nos compatriotes. Qu’avez-vous solutionné M RAMID ? Quelles injustices avez-vous atténuées ?

Aujourd’hui, ministre des droits de l’homme, vos insultes sont une atteinte à nos droits, une preuve du peu de respect que vous leur accordez.

Et puisque vous semblez les oublier, M RAMID, ou peut-être ne les avez-vous simplement pas lus, je vous rappelle le préambule de notre Constitution et quelques articles de la déclaration internationale des droits de l’homme dont vous êtes censé garantir l’application.

Constitution du 1er juillet 2011

Préambule

Mesurant l’impératif de renforcer le rôle qui lui revient sur la scène mondiale, le Royaume du Maroc, membre actif au sein des organisations internationales, s’engage à souscrire aux principes, droits et obligations énoncés dans leurs chartes et conventions respectives, il réaffirme son attachement aux droits de l’Homme tels qu’ils sont universellement reconnus, ainsi que sa volonté de continuer à œuvrer pour préserver la paix et la sécurité dans le monde.

UNIVERSALEMENT RECONNUS, M le ministre, est-ce clair pour vous ?

Déclaration universelle des droits de l’homme

Article premier

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Lorsque vous traitez les homosexuels de « saletés », agissez-vous dans un esprit de fraternité ?

Article 12

Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.

Lorsque vous jugez la vie sexuelle de certains marocains, sachez que vous vous immiscez dans leur vie privée. Vous enfreignez cet article, Monsieur !

Article 18

Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.

Lorsque vous qualifiez les homosexuels de « saletés », respectez-vous leur liberté de pensée et de conscience ?

Article 29
  1. L’individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seul le libre et plein développement de sa personnalité est possible.
  2. Dans l’exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n’est soumis qu’aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d’assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d’autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.
  3. Ces droits et libertés ne pourront, en aucun cas, s’exercer contrairement aux buts et aux principes des Nations Unies.

Vous avez des devoirs envers nous, M le ministre. Respectez-les, respectez la constitution, respectez la déclaration universelle des droits de l’homme. Faites votre travail !

Puisque, visiblement, vous ne connaissez pas bien votre champs de compétences, je vous propose de traiter les injustices et les atteintes à nos droits évoquées ci-dessus parce que la démocratie, M le ministre, n’est pas d’imposer la vision de la majorité. La démocratie est la protection des minorités !

Protégez TOUS les marocains M le ministre. Respectez-les TOUS.

Incarnez dignement l’intitulé de votre fonction. Soyez juste ! Veillez à ce que nos droits soient protégés !

Commencez par montrer l’exemple en n’insultant pas ceux qui pensent différemment !

Et n’oubliez pas, M le ministre, ce que Raphael ENTHOVEN dit si bien :

Dans un pays qui est libre, ce que le Maroc n’est pas, la loi ne dit pas le bien mais le droit. Or en droit, il y a des infractions mais il n’y a pas de déviances. Si le code pénal marocain est moyenâgeux, c’est parce qu’il fait la morale. Ça ne tient pas aux principes qu’il bafoue mais au fait qu’il se donne des principes dont la raison d’être n’est pas la coexistence mais la prévalence d’une certaine idée de la vertu qui s’impose sans honte à ceux qui s’en font une autre. Les pays où la loi fait la morale sont des zones de non-droit.

Gardez votre vertu pour vous M RAMID et contentez-vous d’appliquer le droit !

 

© Elyx par YAK : http://elyx.net/ et https://www.facebook.com/ElyxYak/

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Une réflexion sur « La justice, les droits et les saletés »

  1. Esposito Pierre dit :

    Excellent propos . Le droit est souvent l’expression de la morale généralement commune aux citoyens d’un pays et dans de nombreux pays cette morale trouve sa source dans une idéologie, religieuse ou non, qui sert de soutien au pouvoir politique . Il incombe aux élites de faire avancer les choses. La France a eu des Montesquieu, Voltaire , Hugo qui , sans la renier, ont combattu l’influence de l’église catholique sur le pouvoir politique et ouvert la voie à la laïcité.

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