Raser les écoles de commerce

Je suis un pur produit d’école de commerce qui a fini, après quelques années de robotisation, par renoncer à cette idéologie. C’est donc à la fois surprise et amusée, que j’ai lu cette tribune « Pourquoi nous devrions raser les écoles de commerce » de Martin Parker dans The Guardian et décidé de partager, avec vous, deux traductions françaises.

J’adhère totalement à ces propos. À défaut de les raser, il devient urgent de revoir le modèle des écoles de commerce. Et elles ne sont pas les seules coupables. C’est tout le système éducatif qui doit être repensé. Dans ce dernier, j’inclus l’éducation que donnent les parents à leurs enfants. Nous avons la fâcheuse tendance à faire peser cette responsabilité sur les seules écoles…

Une réelle éducation ne vous enseignera pas la compétition ; elle vous enseignera à coopérer. Elle ne vous enseignera pas à vous battre pour être le premier. Elle vous enseignera à être créatif, aimant, à connaître la félicité, sans vous comparer aux autres. Elle ne vous enseignera pas que vous ne pouvez être heureux que lorsque vous êtes le premier – c’est un pur non-sens. Vous ne pouvez pas être heureux en étant simplement le premier ; en essayant d’être le premier, vous traversez une telle misère qu’au moment où vous y parvenez, vous vous êtes habitué à la misère. – Osho

Pourquoi nous devrions raser les écoles de commerce

Une tribune dans le «Guardian» défend la fin des écoles de commerce

Une proposition plutôt intéressante, voire franchement enthousiasmante, est parue ce vendredi sur le site du Guardian : raser les écoles de commerce. Et c’est un ancien professeur ayant exercé dans ces usines à petits soldats du capitalisme qui le propose, d’une manière on ne peut plus explicite : « Il y a 13 000 écoles de commerce dans le monde. C’est 13 000 de trop. »

« Nous devons arrêter d’enseigner que des leaders héroïques transformationnels sont la réponse à chaque problème, ou que l’objet des cours sur le droit fiscal est d’échapper au fisc, ou que créer de nouveaux désirs est le but du marketing », écrit donc Martin Parker. Qui explique qu’une « combinaison d’idéologie et de technocratie est ce qui a rendu les écoles de commerce aussi efficaces et dangereuses ». D’abord, car dans ces institutions, « le capitalisme est présumé être la fin de l’histoire, un modèle économique qui a triomphé de tous les autres ». Ensuite car on y présuppose qu’il « faut comprendre le comportement humain comme étant celui d’égoïstes rationnels », ce qui ne peut que nuire aux capacités d’empathie des étudiants. Enfin car la manière dont les matières sont enseignées, sous des apparats universitaires et scientifiques, « leur donnent l’air moins stupides qu’elles ne le sont vraiment ». Bref, la remise à zéro des écoles de commerce est essentielle pour l’humanité, mais aussi pour l’environnement, avance Martin Parker.

Source Libération

« Raser les écoles de commerce », la tribune choc d’un prof britannique

« Il y a 13.000 écoles de commerce dans le monde. C’est 13.000 de trop ». Martin Parker, ancien professeur en école de commerce pendant 20 ans aujourd’hui passé dans le monde universitaire, a signé vendredi une tribune au vitriol, publiée par le quotidien britannique The Guardian.

C’est un plaidoyer virulent contre les écoles de commerce que vient de signer un professeur britannique dans le Guardian vendredi. Martin Parker, qui a travaillé jusqu’en 1995 dans différentes écoles de commerce britannique avant d’enseigner à l’université de Bristol, juge que les écoles de commerce se sont « égarées », à la recherche de profits toujours plus grands et en diffusant une idéologie « dangereuse. »

« Les choses enseignées et la manière dont elles sont enseignées signifient généralement que les vertus du capitalisme de marché sont racontées et vendues comme s’il n’y avait pas d’autres façons de voir le monde », explique l’auteur, qui fera paraître en mai un ouvrage intitulé « Shut down the business school – What’s wrong with management education ». Ce dernier déplore que les cours de finance « assument que gagner des rentes sur le capital est une activité légitime et louable » ou encore que les cours de fiscalité s’apparentent à des modes d’emploi pour « échapper à l’impôt ». Il critique également l’enseignement de méthodes de management déshumanisantes.

Très critique en évoquant la corruption de certains doyens, « qui suivent l’argent », l’auteur se veut tout aussi fataliste à l’égard des débouchés pour les étudiants. « La plupart des diplômés des écoles de commerce ne deviendront pas des managers de haut niveau, mais plutôt des robots précaires, dans des immeubles de bureaux anonymes », lance-t-il.

Des critiques…pas entendues

L’auteur remarque également que ces écoles sont de plus en plus critiquées de l’intérieur (par des professeurs notamment), mais aussi par des observateurs avertis en particulier depuis 2008 et la crise financière. « Beaucoup de commentateurs ont suggéré que les écoles de commerce étaient en partie responsables du krach. » Cette désillusion commence à être partagée par certains diplômés d’école de commerce qui rejettent le modèle des « bullshit jobs ».

Malgré cela, aucune remise en cause du système ne se fait jour. Loin de prendre en compte la responsabilité sociale des entreprises, ainsi que l’éthique dans les affaires, les business schools se seraient servies de ces aspirations pour leur vitrine marketing. Telle une feuille de vigne pour couvrir la conscience des doyens de ces écoles, explique Martin Parker. « Comme si parler d’éthique et de responsabilité était la même chose que faire quelque chose pour y remédier », ironise encore l’ancien professeur.

« Au sein de l’école de commerce, le capitalisme est supposé être l’aboutissement de l’histoire, un modèle économique qui a triomphé de tous les autres, et qui est maintenant enseigné comme une science plutôt que comme une idéologie », juge, fataliste, Martin Parker. Très concrètement pour lui, il faut passer le bulldozer sur les business schools pour rebâtir un nouveau modèle.

Source Lucas Mediavilla, dans Les Echos Start
Des réflexions sur l’école et l’éducation, à lire dans ce billet.

 

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